LIVRE XLVII
« Si la Convention, s'écriait-il, existait encore telle qu'elle était il y a quelques mois, la République serait perdue. Il faut que nous fassions un feu roulant sur nos ennemis extérieurs, et que nous écrasions ceux du dedans. »
Robespierre fit ensuite allusion à la motion formulée par Lacroix, le jour même, et il ajouta : « J'ai entendu, j'ai lu une proposition qui a été faite ce matin à la Convention, et je vous avoue qu'à présent encore il m'est difficile d'y croire. Je ne croupirai pas membre inutile d'un comité ou d'une Assemblée qui va disparaître. Je saurai me sacrifier au bien de mon pays. Si ce que je prévois arrive, je" déclare que je me sépare du Comité, que nulle puissance humaine ne peut m'empêcher de dire à la Convention toute la vérité, de lui montrer les dangers du peuple, de lui proposer les mesures qui, seules, peuvent les prévenir ou en empêcher l'effet. Je déclare que rien ne peut sauver la République, si l'on adopte la proposition qui a été faite ce matin, si la Convention se sépare et est remplacée par une Assemblée législative. »
A ces paroles, un tumulte inexprimable se produit dans l'Assemblée; de toutes parts les cris : Non! Non! se font entendre. L'un des commissaires envoyés par les départements s'empare de la parole et déclare au milieu des applaudissements : « Nous avons juré de ne pas nous séparer avant que la Convention ait décrété des mesures de salul public. » Un autre propose que l'Assemblée reste en fonctions jusqu'à la fin de la guerre.
« Je n'ai aucune raison pour éterniser l'Assemblée
actuelle, répond cauleleusement Robespierre, qui jouit de son triomphe, mais ne veut pas laisser éclater sa joie. Tous ceux qui me connaissent savent que je désire ardemment déposer le fardeau d'une administration qui, depuis cinq ans, pèse sur mes épaules; car, je l'avouerai franchement, il dépasse toutes les forces humaines: Mais la proposition insidieuse que je combats ne tend qu'à faire succéder, aux membres épurés de la Convention actuelle, les envoyés de Pittet deCobourg » L'influence de Robespierre était trop considérable pour que les effets de son manifeste se fissent longtemps attendre. On en eut la preuve dès le lendemain !. Les envoyés des Assemblées primaires avaient été invités à assister à la séance de la Convention et, pour leur faire honneur, le côté droit de la salle avait été mis à leur disposition. Barère profita de la circonstance et fit en leur présence un exposé général de la situation, terminé par cette véhémente déclaration : « On est indigne d'être républicain, si l'on croit tout perdu, parce que l'ennemi s'est emparé d'un coin du territoire. L'année dernière, il avait pénétré jusqu'à Soissons. Le roi était alors en prison ; il n'y avait point de Constitution. Aujourd'hui vous avez un gouvernement, et les 8,000 commissaires qui vous écoutent vont aller dans les départements ranimer le courage des patriotes. N'en doutez pas, les ennemis seront anéantis. »
1. Ce discours, donl la fin ne nous a pas été conservée, se trouve dans le Républicain Français, n° 274, el dans le Journal de la Montagne, o° 172.