LIVRE XLVII
— « II n'est plus temps de délibérer, il faut agir, répond un des délégués. Arrêtez tous les suspects ; faites un appel à la nation ; qu'elle se lève en masse. Les tyrans coalisés contre la liberté du peuple français s'évanouiront devant lui comme un songe. »
— « Les députés des Assemblées primaires, s'écrie à son tour Danton, viennent d'exciter parmi nous l'initiative de la terreur contre les ennemis de l'intérieur... Point d'amnistie à aucun traître ! Signalons la vengeance populaire par le glaive de la loi sur les conspirateurs de l'intérieur. » L'ardent montagnard se range ensuite à l'avis de Barère qui veut faire, des huit mille commissaires des Assemblées primaires, des espèces de représentants du peuple chargés d'exciter l'énergie des citoyens pour la défense de la Constitution. Il propose de les investir de la qualité nécessaire pour adresser cet appel au peuple, et de leur confier la mission d'établir, par toute la France, l'inventaire des munitions, des armes et des chevaux, avec le pouvoir de requérir les hommes appelés à fournir le recrutement extraordinaire.
« C'est à coups de canon, ajoute-t-il, qu'il faut signifier la Constitution à nos ennemis. » Les commissaires se lèvent en criant qu'ils apporteront leur concours à l'œuvre nationale, et Danton reprend : <«. C'est l'instant de faire ce grand et dernier serment, que nous nous vouons tous à la mort, ou que nous anéantirons les tyrans. » A ces mots, un cri unanime retentit : « Nous le jurons! » Les chapeaux volent en l'air, les applaudissements éclatent dans toutes les parties de la salle, elles mesures proposées sont votées par acclamation.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Il ne restait plus qu'à régler le mode et l'étendue de la réquisition. C'est encore le club des Jacobins qui prend l'initiative et le ïk août, Royer, curé de Chalonsur-Saône, demande que tous les citoyens soient armés, et que, enchaînés six par six., les aristocrates soient mis au premier rang.
Le 16, à la suite d'une nouvelle séance, une adresse des envoyés des départements, réunis aux commissaires des quarante-huit sections de Paris, est portée à 'la barre de la Convention. « Les demi-mesures, y est-il dit, sont toujours mortelles dans les dangers extrêmes. La nation entière est plus facile à ébranler qu'une partie de la nation. Si vous demandez cent mille hommes, peut-être ne les trouverez-vous pas; si vous demandez des millions de républicains, vous les verrez se lever pour aller écraser les ennemis de la liberté. Le peuple ne veut plus d'une guerre de tactique, où des généraux traîtres et perfides sacrifient impunément le sang des citoyens. Décrétez que le tocsin de la liberté sonnera dans toute la République à une heure donnée. Qu'il n'y ait d'exception pour personne. Que le cours des affaires soit interrompu. Que la grande et universelle affaire des Français soit de sauver la République1. »
La Convention ordonne le renvoi de cette pétition au Comité de salut public, et à la fin de la séance, Parère monte à la tribune, pour faire une déclaration des plus belliqueuses. « Les généraux français, dit-il avec le ton superbe qui convient à de si hardies métaphores,