‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 209 sur 308 · LIVRE XLVII · texte numérisé non relu

LIVRE XLVII

ont méconnu jusqu'il présent le véritable tempérament national. « L'irruption, l'attaque soudaine sont les moyens qui lui conviennent. L' inondation de la liberté, qui couvre du flot bouillonnant du courage et du patriotisme les hordes ennemies, et renverse en un instant les digues du despotisme, telle est l'image de la guerre républicaine... L'impétuosité française fera tomber ce colosse de la coalition des puissances. Quand un peuple veut être libre, il l'est, pourvu que son territoire lui fournisse les métaux avec lesquels on forge les sabres et les piques. »

Un projet de loi suit cette harangue emphatique; on applaudit, et la Convention vote le décret suivant :

« Le peuple français déclare, par l'organe de ses représentants, qu'il va se lever tout entier pour la défense de son indépendance, de sa liberté, de sa Constitution, et pour délivrer son territoire de la présence des despotes et de leurs satellites. »

Le Comité de salut public avait été chargé d'orga-. niser ce grand mouvement national. Là était la difficulté, car on ne pouvait pas évidemment songer à mettre en mouvement quinze millions de Français à la fois. Le comité hésitait. II sentait les dangers des concessions faites aux exigences des délégués des Assemblées pri-. maires, dont on avait imprudemment surexcité les passions, et le 20 août, Barère signalait, en ces termes, son embarras. « Nous avons gémi, disait-il, de la manière accélérée dont on nous a harcelés, pour nous faire présenter nos moyens... Si la Convention veut bien laisser

le Comité à sa raison, il lui apportera des plans mieux combinés. »

— « II vaut mieux, souffrir quelques moments et ne pas paralyser l'énergie nationale, répond Danton. Je demande qu'on "décrète et qu'on agisse, sans plus tarder. »

Le 23 août, Barère dépose enfin le projet si impatiemment attendu. Un long rapport, au style ampoulé, l'accompagne. L'orateur ordinaire du Comité de salut public commence par déclarer que « la liberté est la créancière de tous les citoyens. Les uns lui doivent leur industrie, les autres leur fortune, ceux-ci leurs conseils, ceux-là leurs bras, chacun le sang qui coule dans ses veines. » Mais il ajoute immédiatement, « si tous sont requis, tous ne peuvent pas faire la même fonction » ; il en conclut qu'il suffira, pour respecter la loi votée, de poser le principe de l'appel général et de convoquer seulement les jeunes gens de 18 à 25 ans, sauf à réunir, en cas de besoin, le second ban de 25 ans à 30, et même les classes suivantes.

La Convention s'empresse de sanctionner le compromis et adopte, séance tenante, un décret dont voici les principales dispositions :

« A partir de ce moment, jusqu'à celui où les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées.

« Nul ne pourra se faire remplacer dans le service pour lequel il sera requis.

« La levée' sera générale ; les citoyens non mariés

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