‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 22 sur 308 · LIVRE XLI · texte numérisé non relu

LIVRE XLI

chose qu'une protestation déguisée, faite d'avance contre la constitution qui n'existe pas, encore?

— Si vous n'êtes pas de la Convention, ajoute Thuriot en s'adressant aux membres de la droite, taisezvous, retirez-vous et laissez-nous délibérer. »

A cette brusque sortie, Engerrand réplique : « C'est à tort que l'on a cherché à établir une parité qui n'existe pas entre l'absence des commissaires de la Convention et celle des membres détenus. Les premiers sont absents par le vceu national, en vertu de décrets librement rendus-, les seconds ont été arrachés de notre sein par la force. Prolonger leur arrestation serait partager le crime de ceux qui l'ont obtenue. La Convention n'a pas décrété l'arrestation de ses membres. La majorité n'a pas voté; la majorité n'était pas. libre. Je demande que, dans ce moment, on se borne à entendre la lecture des articles constitutionnels, mais que la discussion ne s'ouvre qu'après que la Convention aura prononcé sur le sort de ceux de ses membres qui sont détenus.

— L'intérêt du peuple doit passer avant - toute chose, répond Levasseur. L'envoi de commissaires aux armées était nécessité par le salut public; le salut public ordonnait aussi l'arrestation des membres détenus. Lorsque le décret a été rendu, vous n'étiez pas libres, dites- vous?

— Non! s'écrient plusieurs membres à droite.

— Eh bien! actuellement, vous reconnaissez-vous libres? répond l'orateur montagnard.

— Non ! répondent les mêmes membres.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

— Pourquoi donc, ajoule Levasseur, avez-vous voté, toute la semaine, un grand nombre de décrets?

— Nous avons voté ces décrets à charge de les réviser, dit un membre de la droite.

— Ces décrets sont nuls! » dit un autre.

Coupé, Defermon, Ducos, Camboulas et d'autres membres de la droite insistent pour faire adopter la proposition de Vernier. Peut-être leur persévérance vat- elle triompher; mais Chabot jette tout à coup en travers du débat une accusation rétrospective de vénalité contre ceux des Girondins qui avaient siégé à l'Assemblée législative. De cette inepte et misérable calomnie surgit un scandale qui trouble la discussion et la fait dévier de son cours. C'était tout ce que voulait Chabot. En effet, afin de trancher l'incident, qui a dégénéré en altercations personnelles, l'Assemblée vote l'ordre du jour sur toutes les propositions qui ont été faites et donne la parole à Hérault-Séchelles pour la lecture de son rapport.

Le lendemain, 11 juin, la Montagne, voulant profiter de son triomphe de la veille, fait un pas de plus dans la voie de l'intimidation. C'est Lacroix, l'ami de Danton, qui commence l'attaque. Dès l'ouverture de la séance, il monte à la tribune pour une motion d'ordre :

« Déjà, dit-il, plusieurs administrations de département, de district et de commune s'occupent en ce moment à prendre des mesures liberticides. Elles ont réuni

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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