LIVRE XLVII
Cependant la crise des subsistances devenait chaque jour plus intense et les mesures prises par la Commune étaient impuissantes à la conjurer.
C'est en vain que le corps municipal se faisait rendre compte, tous les quinze jours, de l'état* des arrivages en blés et en farines; c'est en vain que les règlements de police les plus sévères contrôlaient la distribution du pain à la porte des boulangers et obligeaient ces derniers à inscrire sur des registres ad hoc les noms de leurs chalands. Ces précautions minutieuses n'empêchaient ni la panique dans les esprits, ni le désordre dans la rue.
Le 7 août, Barère est obligé de dénoncer à la Convention, au nom du Comité de salut public, le caractère inquiétant que prennent les rassemblements populaires. Il se plaint que des citoyens et des citoyennes, sous prétexte de s'assurer leur place dans, la foule, à la porte des boulangers, y passent la nuit et se livrent à de véritables saturnales; des hommes déguisés en femmes se glissent dans ces groupes ; dé fausses patrouilles pénètrent la nuit, dans certaines rues, avec des mots d'ordre qui ne sont point ceux de l'état-major.
Sur sa proposition, la Convention décrète que tout
1 . Par un arrêté du Conseil général de la commune, il avait été interdit aux boulangers de commencer les distributions de pain avant cinq heures du matin.
citoyen surpris en fausse patrouille, et tout homme déguisé en femme, saisi dans un rassemblement, seront punis de mort1.
Le 26 août, de nouvelles plaintes amènent de nouvelles résolutions et une commission composée de Jay- Sainte-Foy, Chabot, Coupé, Boucher-Saint-Sauveur, Danton et Merlino, est chargée de s'occuper sans délai d'un projet de loi définitif sur les subsistances.
Mais ce n'était pas avec des décrets qu'on pouvait guérir la misère. A Paris, le nombre des familles indigentes, dont les armées dévoraient les membres valides, s'accroissait dans une proportion effrayante, et il fallait, comme au temps de la Fronde, poser des sentinelles en armes devant les boutiques des boulangers, assiégées par la foule. Des malheureux luttaient jusqu'à la mort pour conserver le morceau de pain qu'ils étaient parvenus à se procurer.
Le 3 septembre, sur une motion de Danton, la Convention essaie encore de remédier à cette horrible situation, en fixant uniformément, à ilx livres par quintal,' le prix du froment dans toute l'étendue de la République.
Malgré cette concession, le lendemain, dès cinq heures du matin, des rassemblements d'ouvriers, principalement de maçons, se forment dans la rue du Temple; des mouvements se manifestent sur les boulevards, aux environs de la maison de la guerre, et bientôt des groupes nombreux se précipitent sur la place de
1. Ce décret, dont nous avons l'original sous les yeux, est de la main de Couthon. 1