LIVRE XLVII
clare que le temps des délibérations est passé, qu'il faut organiser, séance tenante, l'armée révolutionnaire, et procéder, le jour même, à l'arrestation de tous |es suspects.
Basire réclame la publication du décret qui déclare que la France est en révolution. Qui donc en pouvait douter? Léonard Bourdon ajoute que l'armée révolutionnaire devra ouvrir les magasins et être soldée aux dépens des riches.
Quelques membres, Romme, Jean Bon-Saint-André, sans repousser ces propositions, demandent néanmoins la question préalable. Ils voudraient qu'on laissât aux législateurs un peu de temps pour réfléchir, avant de se prononcer sur ces graves questions. « Si je vous proposais, dit Saint-André, . de différer d'un jour, vous auriez le droit de nous accuser de lenteur; mais le Comité de salut public délibère en ce. moment même; le rapporteur va paraître dans une heure ; ce n'est pas un retard bien long. »
— « Non! non! répond d'un ton farouche Billaud- Varennes; point de délibération, il faut agir, agir sur-lechamp. »
Basire, à son tour, risque une objection; il supplie l'Assemblée de ne point se laisser emporter par un enthousiasme irréfléchi : « Ce serait, dit-il, le moyen de tout perdre. Le Comité a d'importantes révélations à faire ; qu'on lui accorde, non pas une heure, comme demandait Jean Bon-Saint-André , mais seulement une demi-heure de répit. » Cette timide observation ne fait qu'exciter des murmures; comme Gaston venait de le
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dire, on était dans une salie d'armes, il n'y avait plus à temporiser.
A ce moment, Danton monte à la tribune. Dès qu'il paraît, les applaudissements éclatent de toutes parts et l'empêchent quelque temps de parler. Chacun se demande quel discours, en celte heure grave et sombre, va sortir de la bouche de l'homme qui, le premier, a lancé la révolution sur la pente terrible où nulle main ne saurait plus la retenir? Depuis quelque temps, le personnage de Danton avait, aux yeux de la foule, quelque chose d'étrange et d'énig ma tique. Les uns l'accusaient de reculer, d'avoir peur; les autres prétendaient que cette âme h demi fermée couvait en silence de nouveaux éclats et des audaces singulières. Les incertitudes allaient cesser.
« Je pense, comme Billaud-Varennes, s'écrie le farouche montagnard, qu'il faut savoir mettre à profil l'élan du peuple; qu'il n'est pas besoin de prendre d'autres mesures que celles qu'il présente lui- même. Je pense qu'il faut décréter à l'instant même une armée révolutionnaire. »
On applaudit; il reprend :
« Élargissons', s'il se peut, ces mesures. Ce n'est pas assez d'une armée révolutionnaire, soyez révolutionnaires vous-mêmes. Les hommes industrieux qui vivent du prix de leurs sueurs ne peuvent aller aux séances des sections : décrétez que l'artisan qui y assistera recevra, pour son temps perdu, une indemnité <ïe 40 sols par réunion. Décrétez que les fabriques d'armes devront travailler nuit et jour, jusqu'à ce que