LIVRE XLVII
chaque sans-culotte ait son fusil. Décréiez enfin un terme aux lenteurs du. Tribunal Révolutionnaire : il faut que, tous les jours, un aristocrate, un scélérat, paye de sa tête ses forfaits. »
Ce discours s'achève au milieu des acclamations universelles. Tous les citoyens qui remplissent la salle et les tribunes se lèvent par une même impulsion; on agite les mains et les chapeaux; c'est un enthousiasme qui lient du délire. Les propositions de Danton sont immédiatement votées par acclamation.
Basire, qui tient à racheter par quelque motion audacieuse la proposition de temporisation qu'il a formulée un moment auparavant, demande de nouveau la parole. Il se fait un grand silence de curiosité.
« Jusqu'alors, dit-il, les mesures décrétées contre les gens suspects n'ont toujours reçu qu'une exécution incomplète. Je demande qu'on définisse catégoriquement ce mot de suspect et qu'on dresse des listes à cet effet* « Il n'y a pas que les ci-devant nobles, les prêtres, les émigrés qui soient des suspects; les autres classes de la nation, commerçants, agioteurs, procureurs, hommes d'affaires, boutiquiers même, renferment leur contingent d'ennemis de la République. Il y a aussi les hurleurs de section, il y a les Feuillants, il y a les Brissotins, il y a encore les hypocrites. Je demande qu'on les arrête tous et, pour cela, il faut une opération préliminaire; elle consiste à épurer les Comités révolutionnaires des sections, sur-le-champ, d'ici à demain. Celte épuration sera faite par le Conseil général de la Commune. On peut en avoir fini dans vingt-quatre heures : il sulfit
que, dans chaque section, un Comité révolutionnaire patriote ait le mandat d'amener, le droit de visite domiciliaire et de désarmement. 1 »
Cette motion, par laquelle Basire « élargissait » à son tour les mesures réclamées par Danton, est soutenue énergiquement par Léonard Bourdon et Billaud- Varennes.
À ce moment, Thuriot remplace un instant Robespierre au fauteuil de la présidence, et l'on- annonce une dépulation des sections de Paris et de la Société des Jacobins. Elle vient réclamer le prompt jugement des Girondins incarcérés. Thuriot promet que justice sera faite, et que « tous les scélérats périront sur l'échafaud ». Puis la députation est introduite et défile au bruit des applaudissements.
Des délégués de la section de l'Unité se présentent ensuite à la barre; ils sont chargés de demander qu'on réprime l'agiotage, et qu'on en finisse sans retard avec tous les contre-révolutionnaires. La Convention, en veine de promesses, renvoie encore ces pétitionnaires avec de
\. Celte proposition fût sanctionnée le même jour pur le décret suivant :
Séance du 5 septembre 1793.
La Convention nationale décrète :
A.rt. 4W, — Il sera présenté, dans ce jour même, par les Comités de salut public de Paris, la liste de leurs membres au Conseil général de la Commune, qui est autorisé à les épurer et à en nommer d'autres provisoirement.
Akt. 1. — Seront exclus de ces Comités tous les ci-devant nobles et les prêtres non murk's.