‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 223 sur 308 · LIVRE XLVII · texte numérisé non relu

LIVRE XLVII

qui rentraient dans les catégories ci-dessus relatées devaient être immédiatement incarcérés, et le soin de dresser les listes, de décerner les mandats et de faire apposer les scellés était confié aux Comités de surveillance, chacun dans son arrondissement. Mais l'article le plus terrible était le dernier. « Les tribunaux civils et criminels, disait-il, pourront, s'il y a lieu, faire retenir en état d'arrestation, comme gens suspects, et envoyer dans les maisons de détention, les prévenus des délits à l'égard desquels il serait déclaré n'y avoir pas lieu à suivre, ou qui seraient acquittés des accusations portées contre eux. »

Par un reste de pudeur, Merlin n'avait pas osé développer les motifs du décret qu'il présentait à la sanction de la Convention. Pourquoi, d'ailleurs, aurait-il donné les raisons de dispositions aussi faciles à comprendre, plus faciles encore .à appliquer? La Convention est convaincue d'avance, et ses agents sont prêts à frapper. Le procureur de la Commune en fournit immédiatement la preuve.

Le meilleur, le seul moyen d'échapper à la suspicion était la production d'un certificat de civisme. Chauinette, interprétant l'article 2 de la loi du 17 septembre, s'empressa d'énumérer, dans un réquisitoire dérèglement, le 10 octobre, les caractères auxquels on pouvait reconnaître un bon citoyen. Il procédait par voie d'exclusion, et la liste était longue de ceux à qui l'on devait refuser un certificat de civisme. Elle comprenait :

Ceux qui, dans les assemblées du peuple, arrêtent son énergie par des discours astucieux, des cris turbulents et des menaces;

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Ceux qui» plus prudents, parlent mystérieusement des malheurs de la République, s'apitoient sur le sort du peuple, et sont toujours prêts à répandre de mauvaises nouvelles, avec une douleur affectée ;

Ceux qui ont changé de conduite et de langage, selon les événements; qui. muets sur les crimes des royalistes ou des fédéralistes, déclament avec emphase contre les fautes légères des patriotes; qui affectent, pour paraître républicains, une austérité, une sévérité étudiées, et qui cèdent, aussitôt qu'il s'agit d'un modéré ou d'un aristocrate;

Ceux qui plaignent les fermiers et les marchands avides, contre lesquels la loi a été obligée de prendre des mesures ;

Ceux qui, ayant toujours les mots de liberté, République et patrie sur les lèvres, fréquentent les ci-devant nobles, les prêtres contre- révolutionnaires, les aristocrates, les Feuillants, les modérés, et s'intéressent à leur sort;

Ceux qui n'ont pris aucune part active dans tout ce qui intéresse la Révolution, et qui, pour s'en disculper, font valoir le payement des contributions, leurs dons patriotiques, leur service dans la garde nationale, par remplacement ou autrement ;

Ceux qui ont reçu avec indifférence la Constitution républicaine, et qui ont fait. part de fausses craintes sur son établissement et sa durée;

Ceux qui, n'ayant rien fait contre la liberté, n'ont aussi rien fait pour elle;

Ceux qui ne fréquentent pas leur section, et qui ■

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