LIVRE X1VIII
Bréard, prirent vainement la défense du Comité. Après une assez longue discussion, il fut décidé que celui-ci, qui comptait trois mois d'existence, serait renouvelé et réduit à neuf membres; ses pouvoirs devaient être ceux dont la Convention Pavait investi primitivement. Le soir même, dans une séance extraordinaire, eut lieu, par appel nominal et à haute voix, l'opération du renouvellement. Le résultat n'en fut pas tel qu'avait pu l'espérer Camille Desmoulins, car ses deux amis les plus intimes, Danton et Lacroix, se virent exclus.
Jean Bon Saint-André avait réuni. '192 voix ■
Barère. . . 192 —
Gasparin 178 —
Cou thon , . . 176 —
Hérault-Séchelles 175 —
Tlturiot. loo —
Prieur (de la Marne). ..... 4Û2 —
Saint-Just 126 —
Robert Lindet 100 —
Ainsi, parmi les futurs dictateurs de la France, ceux qui avaient obtenu le plus de suffrages représentaient à peu près un quart des membres de l'Assemblée; ceux qui en avaient obtenu le moins tenaient leur mandat d'un septième environ de leurs collègues.
4. Le nouveau comité comptait donc deux membres seulement de .la première création, Barère et Robert Lindet ; cinq de l'organisation intermédiaire, Jean Bon-Saint-André, Gasparin, Couthon, Hérault- Séchelles et Saint-Just; deux nouveaux élus, Thuriot et Prieur (de la Marne). Par contre, sept membres en étaient exclus définitivement, Camfaon, Delmas, Danton, Lacroix, Guyton-Horveau, Berlieret Ramel.
Le lendemain, 11 juillet, Cambon vint lire le testament de l'ancien Comité. Son compte rendu offre d'étranges disparates. II commence par des considérations d'un caractère assez éïevé et finit par des puérilités.
Après avoir énuméré les difficultés, de toute sorte que le Comité a dû vaincre, pour maintenir l'unité de la République, organiser les armées, assurer la défense des frontières, Cambon consacre toute la dernière partie de son rapport à son apologie personnelle et à la dénonciation d'un prétendu complot. Le coupable, suivant lui, était cë même Dillon, en faveur duquel Camille Desmoulins avait fait une si vigoureuse sortie. Il ne se serait agi de rien moins que d'enlever du Temple le jeune Capet, et de le proclamer roi aux Tuileries. Pour sauver la République, ajoutait Cambon, le Comité a cru qu'il était indispensable, après avoir arrêté Dillon • et ses complices, de séparer, du reste de la famille royale, celui sur qui reposait l'espoir des conjurés. Au moment où parlait le rapporteur, ces deux mesures avaient déjà reçu leur exécution. La Convention n'eut donc qu'à sanctionner, par son vote, l'arrêté qui arracbait un malheureux enfant des bras de sa mère et le livrait sans défense aux brutalités du cordonnier Simon. Seul, Camille Desmoulins avait protesté en entendant accuser Dillon; it avait même insisté pour réfuter cette « fable absurde » ; mais ses amis, effrayés de son imprudence, lui avaient aussitôt fermé la bouche, lui reprochant, au milieu des murmures déjà soupçonneux de quelques membres de la gauche, de vouloir se désho-