LIVRE XL VIII
en vigueur les décrets de la Convention; il proposa de nommer une commission spéciale chargée de contrôler sur ce point la conduite du pouvoir exéculif. Cette motion fut combattue, à des points de vue différents, par Robespierre et par Danton. Le premier déclara n'y voir que la suite d'un système perfide, tendant tout ensemble à paralyser l'action du Comité de salut public et à dégrader le pouvoir exécutif; il demanda la question préalable. Danton prit un moyen terme : il proposa, au lieu de créer, comme le voulait Billaud-Varenoes, une nouvelle commission, de porter de neuf à douze le nombre des membres du Comité, en confiant expressément aux trois délégués adjoints le soin de surveiller l'exécution des lois et décrets.
La motion, ainsi amendée par Danton, fut renvoyée à l'examen du Comité qui,- renouvelant adroitement sa tactique du 2 août, s'appropria la mesure et la fit tourner à son profit. Au bout de huit jours, le 6 septembre, Barère vint exposer le résultat des méditations de ses collègues ; ils avaient, disait-il, reconnu l'utilité de s'adjoindre trois nouveaux membres, et ils proposaient au choix de l'Assemblée Billaud- Varennes, Collot d'Herbois et un député fort obscur, du nom de Granet. La Convention rendit, sans débat, un vote conforme à ces conclusions; mais, malgré le texte formel du décret, Collot d'Herbois et Billaud acceptèrent seuls le mandat; Granet, pour sa part, en déclina l'honneur.
Grâce à cet expédient, le Comité avait échappé au péril de voir son rôle amoindri par un partage de pouvoirs. Il réussit également à se tirer sain et sauf de
l'assaut que lui livrèrent, un mois après, les Dantonistes, furieux d'être exclus de plus en plus de toute participation au gouvernement. Cet assaut fut le dernier et le plus rude qu'eut à subir le Comité de salut public; aussi est-il nécessaire d'en raconter tous les incidents.
Le prétexte de l'attaque était l'arrestation du Vainqueur d'Hondtschoote. Dans une séance de nuit, le Comité de salut public avait, en quelques heures, destitué les généraux en chef des armées du Nord, du Rhin et de la Moselle. Bouchotte, chargé de notifier ces décisions à la Convention, n'ayant donné aucune raison à l'appui d'aussi graves changements, sa lettre excite dans la séance du 24 septembre les plus vives réclamations. À la fin, sur la demande de Duliem, l'Assemblée riposte 0 en renvoyant les propositions de Bouchotte au Comité de salut public, avec injonction de formuler son avis dans les vingt-quatre heures.
Les circonstances favorisaient singulièrement la tentative. On venait d'apprendre : dans le Nord, l'échec de Menin : en Vendée, la défaite de la division de Mayence, a Torfou ; de toutes parts on se plaignait du désordre qui régnait dans la direction des armées. La séance du 25 septembre s'ouvrit néanmoins d'une manière paisible.
On s'occupait de l'instruction publique et des subsistances, quand tout à coup Thuriot demande la parole1.
1 . Thuriot était entré au Comité de salut public le 1 1 juillet ; le 20 septembre, il avait donné sa démission, un peu contraint et forcé peut-être par ses collègues. Il attendait une occasion de se venger ; elle ne se fit pas attendre, car cinq jours seulement s'écoulèrent entre sa sortie du comité et son attaque contre ses anciens collègues.