‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 234 sur 308 · LIVRE XLYIII · texte numérisé non relu

LIVRE XLYIII

dénoncés au Comité; d'accusateurs qu'ils sont aujourd'hui, ils vont devenir accusés. »

L'Assemblée jusque-là était restée muette et embarrassée. Elle n'osait se prononcer, entre ceux qui détenaient le pouvoir et ceux qui l'ambitionnaient. Mais à ce langage impérieux, elle sent que Robespierre et ses amis sont les véritables maîtres de h situation, qu'ils ont derrière eux la Commune et les Jacobins, et que si l'on n'apaise pas à l'instant le tigre, par une aveugle soumission, un peu plus tôt, un peu plus tard, on sera dévoré par lui. Des applaudissements, d'abord assez timides, accueillent l'orateur du Comité ; mais bientôt, la contagion de l'exemple aidant, l'assentiment devient universel. Nul n'a le courage d'affronter le courroux d'une puissance qui tient encore dans ses mains la liberté et la vie de tous les membres de la Convention ; nul ne se soucie d'être mal noté par ce terrible inquisiteur qui, du haut de la tribune, promène un regard froid et glacial sur toutes les parties de l'Assemblée. Robespierre, s'adressant au côté droit, laisse tomber une à une ces paroles pleines de menaces :

« Il est donc vrai que la faction n'est pas morte; qu'elle conspire du fond de ses cachots; que les serpents du marais ne sont point encore tous écrasés! »

Puis il se retourne vers le groupe des Montagnards, amis de Danton, et désignant, par des allusions à demi voilées, certains représentants aux armées, qui se sont compromis dans leur mission et dont le rappel a été prononcé par le Comité, il flétrit hautement leur conduite;'il leur reproche d'avoir criminellement poussé la

faiblesse jusqu'à livrer, ou vouloir livrer, aux ennemis une portion du territoire de la République. Il termine en demandant que l'on renouvelle le Comité de salut public, puisque celui-ci n'a plus la confiance « illimitée » de la Convention.

« Non ! non » ! s'écrie d'une voix unanime l'Assemblée, qui veut se faire absoudre des velléités de résistance qu'elle a manifestées un moment,

Robespierre descend de la tribune, au milieu d'une ovation où la crainte et le repentir de chacun se déguisent sous la forme de l'enthousiasme.

Briez, que Robespierre vient d'accuser, assez clairement, d'avoir rendu Yalenciennes aux Autrichiens, se Iiàie de prendre la parole et de se disculper de toute intention perfide à l'égard du Comité de salut public; il décline l'honneur qu'on lui a fait, en l'adjoignant aux hommes éminents qui le composent, et déclare qu'il ne se reconnaît pas les talents nécessaires pour siéger parmi eux.

L'Assemblée s'exécute, à son tour, et rapporte le décret dont Briez ne se croit pas digne.

Après Briez, c'est Duroy qui vient faire acte de contrition. 11 pousse l'abnégation jusqu'à remercier le Comité de salut public de l'avoir rappelé. Cependant, beaucoup de membres ont hâte de voir se clore un débat qui, en se prolongeant, menace de mettre en pleine lumière leur pusillanimité et leur servilisme. Aussi, après de nouvelles explications, non moins hautaines, données au nom du Comité par Jean Bon-Saint- André et Bi 11 aud -Va rennes, on réclame de plusieurs

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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