LIVRE XL VIII
côtés, l'ordre du jour; l'Assemblée paraît disposée à le voter. Mais une pareille solution n'était pas de nature à satisfaire l'orgueilleux tribun qui, une heure durant, avait tenu sous ses pieds la représentation nationale; il voulait que la défaite de ses ennemis fût complète et décisive.
« Passer à l'ordre du jour, s'écrie Robespierre, quand il s'agit de blâmer ou d'approuver les opérations du gouvernement, c'est exposer la chose publique. Les membres du Comité de salut public ont eu l'air de défendre leur cause, et vous n'avez rien prononcé ; c'est donner encore l'avantage aux hommes qui l'ont calomnié, non pas toujours ici, mais secrètement, d'une manière d'autant plus perfide qu'ils semblent l'applaudir devant vous, quand il fait ses rapports. Je vous le déclare, le plus pénible sentiment que j'aie éprouvé pendant cette discussion, c'est d'avoir vu applaudir Barère par ceux-là mêmes qui n'ont cessé de calomnier tous les membres du Comité, par ceux-là mêmes qui voudraient peut-être nous voir un poignard dans le sein. Citoyens, je vous ai promis la vérité toute entière; je vais vous la dire. Dans cette discussion, la Convention n'a pas montré toute l'énergie désirable. On vous a fait un rapport dont le but apparent était de vous instruire de toutes les circonstances de la reddition de Valenciennes, mais dont l'objet réel était d'inculper le Comité de salut public. Pour prix de ce faux zèle et de ces accusations vagues, l'auteur de ce rapport a été adjoint au Comité qu'il dénonce. Eh bien! je vous le déclare, celui qui était à Valenciennes lorsque l'ennemi y est entré, n'est
pas. fait pour être membre du Comité de salut public; ce membre ne répondra jamais à cette question : êtesvous mort? Si j'avais été à Valenciennes dans celte circonstance, je n'aurais jamais été dans le cas de vous faire un rapport sur les événements du siège; j'aurais voulu partager le sort des braves défenseurs, qui ont préféré une mort honorable à une honteuse capitulalion... »
Cette leçon d'héroïsme était assez singulière dans la bouche d'un homme qui, de sa vie, n'avait jamais vu le feu, et qui s'était tenu prudemment caché, toutes les fois que ses partisans montaient à l'assaut de la royauté; mais I!Assemblée n'y regarde pas de si près. Des salves réitérées d'applaudissements saluent l'orateur. L'enthousiasme redouble lorsque Robespierre ajoute : « Je me résume. Je disque toutes ces explications sont insuffisantes, si elles ne donnent pas un résultat. Nous pouvons mépriser les calomnies, mais les agents des tyrans nous entourent, nous observent, et recueillent avidement tout ce qui peut avilir les défenseurs du peuple. C'est pour eux, c*est pour prévenir leurs impostures, que la Convention nationale doit proclamer qu'elle conserve toute sa confiance au Comité de salut public. »
Le grand-prêtre de la démagogie avait parlé; il n'y avait plus qu'à courber la tête. Ce fut Basire qui se chargea de faire amende honorable, au nom de ses collègues, et d'obtenir du Comité le pardon des applaudissements intempestifs et des votes imprudents qui avaient signalé le commencement de la séance. « Robes-