‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 24 sur 308 · LIVRE XLI · texte numérisé non relu

LIVRE XLI

ta discussion; mais je demande que la Convention fixe le délai dans lequel le Comité de salut public devra faire son rapport sur les députés détenus.

— Avant de s'occuper des hommes, répond Thuriot, je demande qu'on s'occupe des choses. C'est à l'Assemblée que le peuple a confié l'autorité souveraine. Ouvrez le Code pénal, vous y verrez que celui-là est puni de mort qui ose faire un acte de souveraineté. Des directoires de départements qui se permettent de lever des contributions, de s'emparer des caisses nationales, de lever des armées, de les diriger à leur gré, n'attentent-ils pas à la souveraineté? Qui d'entre vous osera le nier?

— Et la municipalité de Paris? » lui crie-t-on à droite.

« Jamais, reprend Thuriot, la municipalité de Paris ne s'est permis les crimes et les abus d'autorité que je vous dénonce. Vous anéantirez donc ces actes qui ont pour but de déchirer le sein de la République. Vous vous occuperez aussi des députés qui sont détenus; mais vous vous souviendrez que leur présence était ici le signal du trouble et de la division. Leurs amis nous disent que ces hommes étaient la boussole de la Convention, que leurs talents étaient nécessaires pour sauver la liberté. Je vous rappelle que ces hommes sont ceux qui ont composé le Comité de défense générale qui, pendant sept mois, a laissé trahir la nation et creuser l'abîme qui devait nous engloutir. Depuis qu'ils sont loin de notre Assemblée, le calme y règne et nous faisons des lois utiles. Je demande que l'on s'attache aux grandes mesures proposées par

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Lacroix. Je demande qu'il les lise de nouveau et qu'elles

soient adoptées. »>

La discussion est close. Après plusieurs épreuves douteuses, l'Assemblée ordonne le renvoi au Comité de salut public. Celui-ci fit son rapport trois jours après, le Ifi juin. Il n'y était nullement question des mesures de rigueur proposées par Lacroix contre les administrations départementales; la proposition d'un appel nominal était seule adoptée. Cette épreuve eut lieu le 15, et constata l'absence d'un grand nombre de députés '.

L'avant-veille déjà, lors du scrutin ouvert pour l'élection du président qui devait succéder a Mallarmé, 2ûl volants seulement y avaient pris part. Collot-d'Herbois réunit 157 voix; Chasset , un des membres les plus compromis de la droite, en obtint 80. Ainsi, un tiers au plus des représentants suivait les séances de la Convention, et chaque fois que le secret du vote leur laissait quelque indépendance, les vaincus ne manquaient pas de se mesurer avec les vainqueurs.

Le même jour, une dépulation des sociétés populaires de Vernon et des Andelys vint dénoncer à ta barre les arrêtés fédéralistes du Conseil général de l'Eure, qui voulait organiser une force armée contre Paris et prêchait ouvertement la désobéissance aux ordres de la Convention , opprimée par des factieux. Elle apprit en outre à l'Assemblée que deux représentants du peuple, Romme et Prieur, de la Côte-

1. Un membre eut le courage de répondre à l'appel de son nom : « Oui, présent à la tyrannie. » Les journaux, malheureusement, ne nous ont pas conservé le nom de cet intrépide représentant.

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d'Or, avaient été arrêtés à Bayeux et transférés à Caen.

A ces nouvelles la gauche éclate en imprécations. Lacroix demande que tons les députés du Calvados soient mis en arrestation pour répondre de la sûreté des deux commissaires.

Dans cette circonstance Savary, de l'Eure, a le courage de se lever pour défendre ses compatriotes.

« Dans mon département, dit-il d'un ton ferme, on aime la liberté, mais l'amour de la liberté ne marche jamais sans l'inquiétude de la perdre. Ce n'est pas par la violeoce et par la tyrannie, c'est par des lois douces qu'on peut l'établir.

' — Oui, s'écrie un Montagnard, par des lois modérées qui laissent dominer l'aristocratie.

— Mes concitoyens, reprend Savary, sont, il est vrai, modérés dans leurs discours, mais Termes et vigoureux dans leurs actes. Dans ce pays, on ne dénonce pas sans preuves, on n'opprime pas le patriote faible, maïs on combat l'aristocratie, on la terrasse, et on fait exécuter les lois. S'il existe à Paris une faction, mes concitoyens l'écraseront en se réunissant aux bons citoyens de Paris; s'il n'en existe pas, ils embrasseront leurs frères de Paris. Voilà ma réponse aux dénonciateurs. »

Doulcet n'est pas moins courageux.

« Savez-vous, dit-il, comment mes compatriotes ont été instruits des événements du 2 juin? Voici le fait. Inquiets de l'orage qui se préparait depuis longtemps et qui s'avançait en grondant, les citoyens des sections de la ville de Caen vous envoyèrent une députation pour vous faire part de leurs alarmes. Vainement ces délégués

se présentèrent-ils à votre barre ; vainement je vous sollicitai de les entendre : je ne pus rien obtenir. Ceux-ci étaient encore à Paris le jour de ces événements désastreux qu'on veut qualifier du nom pompeux d'insurreclion, mais que la postérité qualifiera et que d'avance l'universalité des citoyens français qualifie autrement. Us virent que l'Assemblée, qui n'était pas assez libre pour les entendre, n'était plus libre pour les rassurer. Ils s'en retournèrent vers leurs commettants... »

De violents murmures partis de la Montagne et des tribunes interrompent l'orateur. Celui-ci réplique avec une nouvelle énergie :

u J'ai fait depuis longtemps le sacrifice de ma vie. On peut faire de moi ce qu'on voudra, mais on n'asservira pas mon opinion.

— Je vais vous répondre ! s'écrie Danton en s'élançant à la tribune. Nous touchons au moment de fonder véritablement la liberté française, en donnant à la France une constitution républicaine. C'est au moment d'une grande production que les corps politiques, comme les corps physiques, paraissent toujours menacés d'une destruction prochaine. Nous sommes entourés d'orages. La foudre gronde. Eh bien! c'est du milieu de ces éclats que sortira l'ouvrage qui doit immortaliser la nation française. On dit que l'insurrection de Paris. cause de l'agitation dans les départements. Je le déclare à la face de l'univers ï ces événements feront la gloire de cette superbe cité. Je le proclame à la face de la France : sans les canons du 31 mai,. sans l'insurrection, les conspirateurs triomphaient, lis nous donnaient la loi. Que le

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crime de- cette insurrection retombe sur nous. Je l'ai appelée, moi, cette insurrection, lorsque j'ai dit que, s'il y avait cent hommes dans la Convention qui me ressemblassent, nous résisterions à l'oppression, nous fonderions la liberté sur des bases inébranlables.

« Les ennemis du peuple se sont trahis eux-mêmes; ils ont fui, ils ont changé de nom, de qualités, ils ont pris de faux passeports. Ce Brissot, ce coryphée de la secte impiequi va être étouffée, cet. homme qui vantait son courage et son indigence, en m' accusant d'être couvert d'or, n'est plus qu'un misérable qui ne peut échapper au glaive des lois, et dont le peuple a déjà fait justice en l'arrêtant comme un conspirateur

« Que les adresses envoyées des départements pour calomnier Paris ne vous alarment pas. Paris sera le verre convexe qui recevra tous les rayons du patriotisme français et en brûlera tous ses ennemis. Citoyens, point de faiblesse! Déclarez solennellement au peuple français que, sans l'insurrection du 31 mai, il n'y avait plus de liberté* Dites-lui que la horde scélérate vient de prouver qu'elle ne voulait pas de constitution. Dites-lui de prononcer entre la Montagne et cette faction. Présentez promptement à son acceptation la constitution que vous allez voter. Cette constitution est une batterie qui fera feu à mitraille contre les ennemis de la liberté et les écrasera tous. »

La droite réclame l'ordre du jour; mais Duroi, un

\. Brissot venait d'êlre arrêté, le 10 juio, à Moulins, par les administrateurs de l'Allier.

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député de l'Eure, s'y oppose. II demande que Buzot, le chef des conspirateurs normands, soit décrété d'accusation, et que, pour punir la ville d'Évreux d'avoir adhéré aux arrêtés liberticides des partisans de la Gironde, on transfère le chef-lieu du département à Bernay, ville connue pour son patriotisme.

« Je demande aussi, ajoute Thuriot, qu'on décrète d'arrestation les autres membres de cette assemblée qui se sont retirés à Évreux pour conspirer avec Buzot, les Lasource, les Gorsas, les Salles, les Larivière.

— Aux voix le décret d'accusation contre Buzot! crie-t-on à gauche.

— Eh bien! moi, s'exclama un hardi député dont nous regrettons de ne pouvoir donner le nom ', je demande le décret d'accusation contre Henriot, commandant provisoire delà force armée de Paris. »

Les membres de la droite appuient énergiquement cette proposition ; mais des murmures s'élèvent des autres parties de l'Assemblée. La majorité n'a pas le courage de s'associer à de semblables hardiesses. La Montagne l'emporte. Buzot est décrété d'accusation; sont également décrétés d'accusation les administrateurs du Calvados qui ont fait arrêter Bomme et Prieur, et les membres du département de l'Eure qui ont signé les arrêtés fédéralistes. Le Comité de salut public est chargé de présenter un rapport sur lés députés, autres que Buzot, qui peuvent se trouver à Caen ou à Évreux. Enfin le

4 . Nous ne l'avons trouvé, ni dansle Moniteur, ni dans le Journal des Débals et Décrets.

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