LIVRE XLII
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la même phraséologie révolutionnaire : le peuple est doué de toutes les vertus, il possède toutes les lumières, il a le droit d'imposer sans appel sa volonté à toutes les consciences. Le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau est proclamé le Code qui doit désormais présider aux destinées d'une nation régénérée et impeccable1.
A peine Hérault-Séchelles a-t-il terminé sa lecture que Robespierre, et après lui Barère, demandent qu'on entame immédiatement la discussion de l'œuvre montagnarde, dont ils font l'éloge le plus pompeux,
« L'Europe entière, s'écrie le premier, sera forcée d'admirer ce beau monument élevé à la Raison humaine et à la souveraineté d'un grand peuple.
— Le plan du Comité, dit le second, est court, clair, précis; il est rédigé dans un style vraiment lapidaire. 11 prouve les progrès de la raison publique. »
Le soir, aux Jacobins, Robespierre répète le même dithyrambe; mais son enthousiasme rencontre un contradicteur dans Chabot, qui trouve que le projet rie s'occupe pas assez du sort du peuple, qu'il oublie d'assurer du pain à ceux qui en manquent, qu'il ne donne pas de garantie suffisante à la liberté. « Cette garantie, ajoute le fougueux démagogue, ce doit être la guillotine; » abominable doctrine, argument suprême, ultima ratio, qui donnait au terrible instrument de la colère du peuple la même devise qu'aux canons des rois.
1. Le rapport d'Héra ni t-Séch elles est donné in extenso dans le n° 267 du Journal des Débats et Décrets; il a été reproduit par Bûchez et Roux dans leur Histoire parlementaire, tome XXVIII, p. 177.
La discussion s'ouvrit dès le lendemain» 11 juin, à l'Assemblée. Les quatre premiers chapitres furent pour ainsi dire votés sur lecture, mais à propos de l'article 6 du cinquième chapitre, un débat assez sérieux s'engagea. Il s'agissait des élections au Corps législatif, qui devaient se faire au sein des assemblées primaires, par le suffrage universel direct, « au scrutin signé. » C'était là, il faut en convenir, une méthode excellente pour peser sur les faibles et accaparer les timides.
Un membre du côté droit, Réal, eut le courage de demander la question préalable sur cet article qui, ditil, était de nature à détruire la liberté des suffrages.
« Les vrais républicains, répondit Jean Bon Saint- André, ne craignent pas d'émettre leur opinion.
— La lumière et la publicité, ajouta Danton, sont les éléments naturels et quotidiens de la liberté. Laissez chacun énoncer librement son opinion : je demande que le riche puisse écrire et que le pauvre puisse parler. »
L'Assemblée se rendit à ce bel argument, et, décrétant l'anarchie au bas de l'échelle électorale comme elle devait, l'introniser au faîte de la nouvelle société, elle décida :
1* Que les élections se feraient au scrutin ou à haute voix, selon le gré de chaque votant;
2° Que les assemblées primaires ne pourraient prescrire un mode uniforme de voter;
3° Que les scrutateurs constateraient le vote des citoyens qui, ne sachant point écrire, préféreraient voter au scrutin.
On agita ensuite la question de savoir s'il serait