LIVRE XLII
nommé des députés suppléants pour remplacer, suivant le précédent offert par la Constituante, la Législative et la Convention elle-même, les membres décédés, déchus ou démissionnaires. Guyomar et Dannon 1 soutinrent ce système; Meaulle et Thuriot le combattirent. Hérault- Séchelles, parlant à son tour au nom du Comité, présenta la mesure comme dangereuse et an ti populaire, a Pour quelques députés, dit-il, qui, dans le cours d'une session, peuvent laisser leur poste vacant, quelle nécessité y a-t-il de nommer six cents suppléants? Dans l'intérêt de l'unité' de la République n'ayez pas de suppléants. Ce serait fomenter des divisions dans le Corps législatif, ce serait accorder des encouragements à la pusillanimité. Creusez autour du poste de législateur un précipice qui menace le lâche qui voudrait l'abandonner sans motif. Obligez-le à ne le quitter qu'avec la mort, et pour cela, ne laissez pas derrière lui un suppléant. »
La Convention se laissa convaincre, par ces arguments. L'institution des suppléants, qui avait duré quatre années, disparut de nos lois. Elle n!a été reproduite par aucune des constitutions qui se sont succédé depuis lors.
Une autre question à examiner était celle-ci : Les départements pourront-ils choisir leurs députés dans toute l'étendue de la République?
Delacroix (de la Marne) se prononça pour la négative.
« Croyez-vous, dit-il, qu'une assemblée composée 1 . Le Moniteur estropie son nom : il l'appelle Daumont.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
d'hommes nommés dans les départements, sur la réputation qu'ils auront acquise à Paris, soit une assemblée bien propre à maintenir l'égalité dans toute la République? Vous concentrez la représentation nationale dans un petit nombre d'hommes qui auront usurpé une réputation par la publicité de quelques écrits, par la défense de quelques accusés; vous établissez l'aristocratie des réputations, non moins dangereuse que bien d'autres. Pour assurer la liberté, mettez vous-mêmes des bornes à l'exercice de cette liberté; ne permettez au peuple de choisir ses représentants que parmi des hommes placés près de lui et connus de lui. Je demande, au nom de la liberté publique, au nom de l'égalité des droits qu'aucun citoyen ne puisse être représentant du peuple qu'après six mois de domicile dans l'arrondissement qui aura voté en sa faveur. »
Fonfrède fit observer que la France ne comptait pas encore beaucoup d'hommes compétents en matière de politique et de législation. Il y avait, selon lui, des circonscriptions où on n'en trouverait peut-être pas un seul. Adopter la proposition de Delacroix, ce serait appeler l'ignorance au gouvernement de la République. Garreau ajouta qu'en vertu de la constitution de 1791, lors des élections de l'Assemblée législative, les départements avaient été tenus de choisir dans leur sein tous leurs représentants; qu'au contraire, lors des élections conventionnelles, le peuple avait pu les prendre dans toute la France. « Des deux procédés lequel a le mieux réussi? dît le jeune Girondin en terminant. J'en laisse juge l'Assemblée elle-même. » Poullain Grandprey porta