LIVRE XL
le gouvernement direct du pays par le pays. Nous avons eu le temps de nous édifier, depuis un demi-siècle, sur l'efficacité réelle et la valeur morale de cette invention; nous savons à quoi nous en tenir sur les leurres qu'elle renferme, sur les mensonges qu'elle couvre, sur les violences qu'elle a trop souvent pour but de faire amnistier. Mais à cette époque ou n'était pas encore blasé sur ces appels à. la nation qui , suivant le mot d'un historien dont le jugement ne saurait paraître suspect, étouffent 3a souveraineté populaire entre deux syllabes4.
Hérault-Séchelles, dans son rapport, avait émis ce principe : « Le député est revêtu d'un double caractère ; il est mandataire dans les lois qui devront être proposées à la sanction du peuple ; il ne sera représentant que dans les décrets, d'où il suit que le gouvernement français n'est représentatif que dans toutes les choses que le peuple ne peut pas faire lui-même. »
Dans la discussion, Robespierre enchérit sur celte idée en la développant. « Les membres de la législature, disait-il dans la séance du 16 juin, sont les mandataires auxquels de peuple a donné la première puissance ; mais, dans le vrai sens du mot, on ne peut pas dire qu'ils le représentent. La législature propose les lois et rend des .décrets. Les lois n'ont le caractère de lois que lorsque le peuple les a formellement acceptées. Jusque-là, elles ne sont que des projets. Les décrets ne sont exécutés avant d'être soumis à la ratification du peuple que parce qu'il est censé les approuver. S'il ne réclame pas, son silence