‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 46 sur 308 · LIVRE XLII · texte numérisé non relu

LIVRE XLII

liberté des opinions dont il aurait abusé. Mais la difficulté réside dans les moyens à employer pour le punir. Par qui ferez-vous juger le représentant du peuple accusé? Par une autorité constituée? Mais n'esf-il pas possible que le tribunal soit aussi corrompu que l'homme qui lui serait livré? N'est-il pas probable que le représentant fidèle sera traduit à ce tribunal par la faction et l'intrigue plutôt que le mauvais député par la volonté des représentants vertueux?

« On ne peut donc sans détruire, je ne dis pas seulement la liberté des opinions, mais encore la liberté même du peuple, faire juger un de ses représentants par une autorité constituée. C'est donc à lui seul qu'on pourrait en appeler. J'ai réfléchi sur cette matière, et je Kai trouvée pleine d'écueils. J'avais pensé qu'il était possible qu'à la fin de chaque législature les mandataires du peuple fussent tenus de lui rendre compte de leur conduite, et qu'il prononçât, noo pas des peines afllictives, mais une sentence morale, en disant : Tel a rempli mes intentions, tel autre a trompé mon espoir. Mais j'ai rencontré dans ce moyen une foule de difficultés. J'ai vu que si, dans tel endroit, la justice du peuple prononçait, dans tel autre, l'intrigue dominait et étouffait la vérité. Voila ce qui m'a empêché de vous présenter un projet à cet égard. Cependant, comme je sens la nécessité d'opposer une sorte de barrière à la corruption, je demande qu'en admettant l'article du Comité vous lui renvoyiez les idées que je viens de développer, afin qu'il nous présente ses vues à cet égard. »

82 HISTOIRE Dli LA TEKREUH.

La Convention ne partagea pas les scrupules et les doutes de Robespierre. Sur l'insistance de TJiuriol, elle adopta les deuK articles présentés par le Comité.

Cette décision pouvait faire présager le sort, réservé à cette nouveauté du jury national si fastueusement préconisée par Hérault-Séchelles. En effet, lorsque, le lendemain 16 juin, les quatre articles précités furent mis en discussion, plusieurs députés montèrent successivement à la tribune pour demander la question préalable sur toute cette partie du projet.

n Encelte matière, dit Thirïon, il n'y a qu'un seul tribunal, l'opinion publique. Le peuple est toujours là. Il saura bien punir ses mandataires de leurs prévarications. Votre jury national ne peut qu'être funeste à la liberté; il ne peut qu'entraver la marche de l'Assemblée législative.

— Vous avez décrété, ajouta Thuriot, que la législature exerçait la souveraineté : il est ridicule de vouloir élever à côté d'elle une autorité supérieure. Quoi! quatre-vingt-cinq individus qui sont restés dans leurs départements, qui par conséquent ne peuvent pas connaître la conduite des députés, seront les régulateurs de la législature, qui sera composée de six cents membres! »

En vain l'un des membres du Comité de salut public, ttaiael, proclama- t-il cette institution le palladium de la liberté; le rapporteur lui-même, Hérault- Séchelles, se chargea de lui donner le dernier coup. Après avoir déclaré que celte idée d'un jury national était belle, grande et généreuse, il reconnut de graves

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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