LA CONVENTION APRÈS LE 2 JUIN
On ne porte pas impunément la main sur la souveraineté nationale, et après avoir assisté au coup d'Etat démagogique du 2 juin, nous allons constater de suite ses inévitables et désastreuses conséquences. Par un phénomène curieux, mais dont toutes les révolutions oiïrent le salutaire enseignement, les premiers qui regrettent les actes de violence sont précisément ceux qui dans leur aveuglement les ont préparés. La Convention ne devait pas échapper à cette loi de nature. Nous verrons bientôt, jusque dans les rangs de la Montagne, un grand nombre de représentants trouver trop
pesant le joug de leurs alliés de la Commune, et le Comité de salut public lui-même, malgré son triomphe apparent, ressentira chaque jour plus vivement les blessures infligées à son amour-propre par les exigences hautement avouées des dictateurs de l'hôtel de yille. En même temps, des rangs de la Plaine et des débris de la droite vont, à chaque séance, s'élever des voix, courageuses pour protester contre l'avilissement de cette malheureuse Assemblée maîtresse de la France et esclave à Paris. Les Girondins surtout font entendre les plus éloquentes réclamations, et parmi ceux que les vainqueurs, dans la première ivresse du triomphe, ont momentanément laissés en liberté, Ducos, Fonfrède, Condorcet, Grégoire, Pontécoulant se distinguent par les nobles hardiesses d'une résistance que les trois premiers doivent payer de leur tête. Protestations impuissantes, mais que l'histoire doit recueillir avec soin, car ce sont les derniers frémissements d'un parti qui se meurt et qui refuse en mourant d'accorder à ses adversaires l'amnistie du silence.
Le 3 juin, la salle des séances presque déserte offre l'aspect morne des lieux désolés par la tempête. Au travers de la torpeur générale, c'est à peine si l'on entend quelques échos affaiblis du drame de la veille. Quatre députés proscrits, Lanjuinais, Vergniaud, Viger et Barbaroux, ont écrit à la Convention pour demander que Je Comité de salut public rédige promptement son rapport sur les accusations dont ils sont l'objet. La lettre de Lanjuinais reflète ce mélange de vigueur et d'ironie qui était le fond du caractère de l'intrépide Breton : « Je
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