‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 6 sur 308 · LIVRE XLI · texte numérisé non relu

LIVRE XLI

lutterai, dit-il, avec le courage do l'innocence et de la vertu contre mes calomniateurs. Vous avez cédé hier à Ja nécessité; je vous remercie d'avoir empêché peut-être par votre condescendance de plus grands attentats. »°La lettre de Yergniaud est empreinte d'une dignité fière et triste; il explique ainsi son absence de la veille : « Je savais que les citoyens des tribunes s'étaient emparés des passages de la Convention et arrêtaient les députés dont les noms se trouvaient sur la liste de proscription dressée par la Commune de Paris. Prêt à obéir à la loi, je ne crus pas devoir m'exposer à des violences qu'elle réprouve. J'ai appris cette nuit qu'un décret me met en état d'arrestation chez moi; je m'y soumets. »

Après les lettres des proscrits vient celle du proscripleur.,Selon sa coutume, Marat revendique pour lui le monopole du patriotisme et des vertus civiques ; il reproche à la Convention d'avoir, dans son décret du 2 juin, ménagé les membres dénoncés par la Commune; en leur laissant la gloire de demander eux-mêmes la suspension de leurs pouvoirs et de donner ainsi l'exemple d'un généreux dévouement au bien public, on les a, disait-il, rendus « intéressants aux yeux de la nation, honneur qui doit être réservé à ces hommes intacts qui se sont consacrés sans retenue à la défense de la liberté, dont le cœur brûla toujours dé l'amour sacré de la patrie... Peut-être m'était-il permis, à moi, le martyr' éternel de la liberté; à moi, depuis trop longtemps déchiré par la calomnie, d'être jaloux de ces honneurs^ J'ai donc repoussé le projet de décret de votre Comité;, j'ai demandé l'arrestation des membres dénoncés paf les

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autorités constituées de Paris, et j'ai olfert ma suspension pendant un temps déterminé. Impatient d'ouvrir les yeux: de la nation abusée sur mon compte par tant de libellisles à gages, ne voulant plus être regardé comme une pomme de discorde, et prêt à tout sacrifier au retour de la paix, je renonce à l'exercice de mes onctions de député jusqu'après le jugement des représentants accusés. »

Cette déclaration lait jeter les hauts cris aux séides de Y Ami du peuple :

« Le devoir de Rlarat est d'être à son poste, s'écrie Thuriot.

— Aucun député, ajoute Charlier, ne peut se suspendre, parce qu'aucun ne peut composer avec son devoir... Par la proposition que fait Marat, on^a la preuve qu'il n'était point le chef d'une faction de brigandage, mais qu'il en existait une autre vraiment liberticide, contre laquelle nous avons vainement lutté depuis huit mois, et que le peuple vient enfin d'étouffer.

— Oui, reprend Chasles, on a peint Marat comme un monstre dont on a voulu effrayer les déparlements on le leur a peint comme un homme de sang et de pillage, afin de les séparer d'une ville qui adoptait ses principes. Les départements seront détrompés quand ils le verront lui-même cessant ses fonctions afin de ne plus leur donner d'ombrage. »

Robespierre, qu'impatientent ces hommages prodigués à l'Ami du peuple, veut couper court à la discussion et demande la question préalable; il la motive ainsi : « Depuis trop longtemps nous nous occupons

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