LIVRE XLIII
De son côté la municipalité s'entoure de gardes à l'hôtel de ville.
Un conflit était inévitable; le 29 mai, le retour de deux des commissaires de la Convention en donna le signal. Pour célébrer dignement l'arrivée des représentants Gauthier et Nioche. la municipalité avait ordonné l'arrestation du président et du secrétaire de deux des sections et enjoint à toutes de se dissoudre immédiatement. L'assemblée des sections répond à cet arrêté par une déclaration portant que le Conseil général de la Commune a perdu la confiance publique.
A celte nouvelle la garde nationale, qui tenait en très-grande partie pour les sections, se rassemble autour de l'Arsenal ; au contraire, les compagnies d'artillerie dévouées à la municipalité bivouaquent avec leurs pièces sur la place des Terreaux, prêtes à défendre la maison commune contre les sectionnaires. Pendant que chacun s'observe, un peloton de gardes nationaux qui se rendait à l'Arsenal est accueilli au passage par des coups de fusil partis de l'hôtel de ville. Les sections crient au guet-apens et donnent l'ordre d'attaquer la place des Terreaux de trois côtés différents. De ces trois colonnes, deux sont repoussées avec des pertes' considérables ; maïs la troisième, sous les ordres d'un apprêteur d'étoffes, nommé Madinier, qui vient d'être improvisé commandant général, pénètre, en dépit d'un feu très-vif, jusqu'au milieu de la place, s'empare des canons de la municipalité, les tourne contre l'hôtel de ville et envoie deux volées à mitraille dans la façade. Il n'en fallait pas tant pour amener à merci la Com-
mune et ses adhérents. C'est le représentant Gaulïiier qui se charge de parlementer en leur nom. On s'empresse de le conduire à l'Arsenal, où son collègue Nioehe l'avait déjà précédé. Tous les deux désavouent la signature qu'ils ont apposée au bas du fameux arrêté du ïh mai; tous les deux consentent à la suspension du Conseil général de la Commune et reconnaissent l'autorité des seclïons.
Le lendemain, au point du jour, Madinier prenait possession de l'hôtel de ville évacué durant la nuit par ses défenseurs. Son premier soin est de faire arrêter le maire Bertrand et son ami Chalier. Puis les vainqueurs constituent une municipalité provisoire sous la présidence de l'ancien maire Gilibert, et des députés extraordinaires sont envoyés à la Convention pour lui demander : 1° la confirmation des arrêtés pris par le Conseil général du département d'accord avec les sections; 2° le rappel des deux représentants du peuple qui, dans le conflit, ont fait preuve d'une partialité révoltante en faveur des démagogues, et sont responsables du sang versé.
En même temps , des services solennels sont célébrés dans toutes les églises de Lyon, « en l'honneur des citoyens morts pour la défense de l'ordre et de la liberté », A l'un d'eux l'évêque constitutionnel Lamourette prononce, dans la métropole de Saint-Jean, l'éloge funèbre des victimes l.
1. Les démagogues ne pardonnèrent pas à Lamouretle de s'être déclaré contre eux d'une manière aussi éclatante. Après le siège de Lyon il fui arrêté, conduit à Paris, traduit au Tribunal révolutionnaire, condamné et exécuté- Il figure sur la liste générale des guillotinés sous le n°289 et à la date du 22 nivôse an [I (*1 janvier 4794).