LIVRE XLIII
Sur ces entrefaites arrive à Lyon la nouvelle des événements du 2 juin. Il est aisé d'en concevoir l'effet. Les autorités récemment établies déclarent ne plus reconnaître comme l'expression de la volonté nationale une assemblée mutilée par la proscription de trente-deux de ses membres. Robert Lindet, envoyé à Lyon par le Comité de salut public, pour aviser à détruire dans leur germe ces velléités de résistance, se voit éconduit par les vainqueurs du 29 mai. De retour à Paris, il se contente de faire rendre par la Convention un décret qui met sous la sauvegarde de la loi et des autorités constituées les citoyens arrêtés à Lyon dans les derniers troubles.
Malheureusement les passions étaient déchaînées de part et d'autre. II ne dépendait plus des nouvelles administrations locales d'arrêter Je cours de la réaction, et celle-ci devait être d'autant plus violente qu'on venait de subir trois mois de brutale oppression. Le royalisme travaillait d'ailleurs à se pousser sous le manteau de la Gironde. Il n'y a pas à s'en étonner. La résistance appelle la coalition, et eu présence des excès de la Montagne, qui pourrait faire un crime aux Girondins d'avoir accepté l'appui des royalistes, pour mieux combattre la démagogie ?
Un membredel'ancienne municipalité, Saulemouche, fut la première victime de ces fureurs aveugles qui, dans nos troubles civils, ont tour à tour souillé le triomphe de tous les partis. Arrêté le 29 mai, il venait d'obtenir son élargissement sous caution, lorsqu'il est reconnu
Nous donnons, à la fin de ce volume, l'interrogatoire que subit Lamourelle quelques jours avant de comparaître au Tribunal révolutionnaire.
dans un café et assailli par des section naires. Pour échapper à leurs atteintes, il se précipite, déjà blessé, dans le Rhône; ses ennemis l'y achèvent à coups de pierres. Cela se passait le 27 juin. Aucune poursuite ne fut dirigée contre les auteurs de ce meurtre. Quelques jours après, l'assemblée départementale se constituait sous le litre de Commission populaire et républicaine de salut public du département de Rkône-et-Loire, et s'installait à l'hôtel de ville.
Deux membres de la Convention, Bîrotleau et Chasset, qui étaient parvenus à s'échapper de Paris et à gagner Lyon, se mirent à la tête du mouvement. Birolteau était arrivé le premier, et, sur sa proposition, la Commission départementale rend, le 4 juillet, l'arrêté suivant qui est en même temps son manifeste : « Le peuple de Rhône-et-Loire déclare qu'il mourra pour le maintien d'une représentation nationale républicaine, libre et entière, mais que, jusqu'au rétablissement de L'intégrité et de la liberté de la Conventionj il considère comme non avenus tous les décrets postérieurs au 31 mai, et qu'il va prendre des mesures pour la sûreté générale. »
De ces mesures, la première est une expédition sur Sain t-É tienne, où se trouvaient dix mille fusils entièrement neufs. Deux représentants du peuple surveillaient dans cette ville La fabrication des armes à feu. L'un, Lesterp- Beau vais , appartenait à l'opinion modérée ; l'autre, Noël Pointe, faisait partie de la Montagne. A l'arrivée des Lyonnais, Noël Pointe s'esquive; Lesterp- Beauvais demeure à son poste, et semble approuver par