‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 62 sur 308 · LIVRE XLIII · texte numérisé non relu

LIVRE XLIII

Marseille n'avait pas attendu le 2 juin pour se prononcer contre les doctrines jacobines. Plus d'une fois ses délégués avaient paru à la barre de l'Assemblée afin d'inviler les représentants à s'affranchir de la tyrannie des tribunes et à secouer le joug de la Commune de Paris. Tout récemment les Marseillais avaient expulsé de leurs murs deux membres de la Convention, Moyse Bayle et Boisset, protecteurs trop avoués du parti exalté. Aussi à la première nouvelle du coup d'Élat commis contre la majorité de la représentation nationale, les autorités constituées des Bouches-du-Khône proclamentelles à l'envi que, le jour où le pacte social et le droit des gens sont ouvertement violés, la résistance à l'oppression devient le plus saint des devoirs. Comme à Lyon, on cherche à concentrer l'action et à généraliser la résistance. Une commission centrale nommée par les sections est investie de tous les pouvoirs; le tribunal populaire, qu'un décret de la Convention avait cassé, est rétabli; tous les départements sont invités à diriger vers Bourges leurs bataillons de volontaires pour marcher de là sur Paris; le Pont- Saint-Esprit est désigné comme le point de concentration des gardes nationales de la Provence et du Languedoc. Enfin, deux représentants qui se rendaient en Corse avec une mission de l'Assemblée, Bô et Antiboùl

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sont arrêtés à leur passage et retenus prisonniers "'.

A cet audacieux défi la Convention répond par uû décret, en date du 19 juin, qui déclare que les membres du prétendu tribunal populaire institué à Marseille sont autant d'assassins en état de rébellion, qu'ils sont mis hors la loi, et qu'il est du devoir des bons citoyens de leur courir sus. En même temps elle confie au général

1. Ces deux représentants du peuple furent arrêtés sur la route d'Aix a Toulon et conduits à Marseille, où ils restèrent prisonniers jusqu'à la reprise de la ville par Carteaux Ie25 août. Ils subirent tour à tour (24 et 25 juin), par-devant les commissaires des sections et en présence d'une foule immense d'auditeurs, un interrogatoire sur ce qui s'était passé à Paris le 31 mai et les jours suivants.' Leurs réponses durent être bien différentes : Bo était de la Montagne; Antiboul appartenait au parti modéré. Une copie de l'interrogatoire do ce dernier Tut envoyée, après la soumission de Marseille, aux Comités de sûreté générale et de salut public, qui, sur lé vu de ces pièces, proposèrent le rappel d'Antibou) dans la séanoedu 27 septembre!^. Jean-Bon-Sainl-André alla plus loin : il demanda l'arrestation immédiate d'Antiboul, qui avait dégradé, disait-il, sa qualité de représentant du peuple en se soumettant à une procédure illégale et honteuse. Cette motion fut adoptée. Antiboul fut expédié sous bonne escorte à Paris par la municipalité jacobine réinstallée à Marseille. II n'eut pas le temps de languir en prison. Arrivé le 30 septembre, il fut 'compris dans le rapport d'Amar du 3 octobre, déféré au Tribunal révolutionnaire, condamné à mort le 30 octobre avec les autres Girondins et exécuté le 31. On trouvera à la fin de ce volume les pas* eages les- plus intéressants de l'interrogatoire fort long que firent subir a Antiboul les autorités contre-révolutionnaires île Marseille.

Nous n'avons pas pu retrouver l'interrogatoire de Bô; mais, dans un discours prononcé par lui à la séance du 7 pluviôse an III, il donne quelques détails sur sa captivité. Nous croyons utile de le mettre sous les yeux du lecteur. (Réimpression du Moniteur, t. XVU,

a Je ne parlerai pas de la manière dont j'ai été arrêté. Je l'ai

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