LIVRE XL1II
Carteaux le commandement des troupes dirigées contre l'insurrection du Midi. L'Assemblée sentait qu'il n'y avait pas une minute à perdre. Le plan des contrerévolutionnaires était de marcher sur Paris par un mouvement combiné avec celui des armées de Lyon, de Normandie, de Vendée, et il était évident que le moindre succès remporté par eux serait le signa! d'un soulèvement général dans toute la région du sud-est.
élé sur !a roule de Toulon et de là on me conduisit à Marseille.
o La Commune me reçut d'abord comme un homme à qui l'on n'a rien à reprocher; mais, lorsque je dis quej'étais représentant du peuple, on me déclara qu'on ne reconnaissait plus la représentation nationale. Je fus logé dans une chambre de la Commune où j'étais plus mal que dans un cachot; la munie! pal ilé vînt me dire que le peuple de Marseille désirait avoir des renseignements sur ce qui se passait à Paris. Je répondis que je ne dirais rien avant d'avoir vu mon collègue Antiboul. Antiboul fut entendu séparément, et le lendemain je parus non devant un Inljunul criminel, mais devant les autorités constituées qu'accompagnait un peuple immense. Lorsque je tombai malade, je demandai à aller à l'hôpital avec mes frères ou qu'on me mît dans un cachot pour me garantir des chaleurs de la saison. On ne se i er.dît point à mes demandes.
« Quant à ceux qui m'ont oulragé, je ne les connais pas. Je saisseulement que ce fuient des membres du Comité de surveillance et quelques officiers municipaux.
a Lorsque la peur se mit à Marseille, l'armée de Carteaux en était encore à trois lieues. Le concierge vint me dire que je pouvais sortir; la sentinelle môme me "rendit ses armes. Carteaux entra dans la ville vers six heures du soir. Je ne m'occupai plus que de fournir aux subsistances de l'armée, et déjà les principaux coupables, qu'on assura être des membres de l'Assemblée constituante et le président du Tribunal populaire, étaient évadés. J'ignore si on a jugé tous les coupables, mais ceux qui sont restés à Marseille l'ont été. Quant à moi, je demanderais que les Comités de salut public et de sûreté générale prissent des mesures pour concilier tous les partis et tout pacifier. »
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
La lenteur des Marseillais fit tout échouer. Leur commandant Rousselet, au lieu de faire immédiatement sa jonction avec les bataillons de la rive gauche du Rhône, s'arrête à Arles et y perd un temps précieux à dissoudre la faction montagnarde- Quand il se remet en marche, le département du Gard était déjà menacé par Carteaux, et bientôt la petite troupe apprend que les Nîmois ont évacué le Pont-Saint-Esprit sans résistance. Découragés par celte défection inattendue, les Marseillais rétrogradent jusqu'à la Durance. Nous les retrouverons à Avignon quand, ses derniers préparatifs achevés, le général Carteaux se dirigera sur Marseille; Mais déjà un grand résultat est obtenu : Lyon demeure isolé et ne peut plus compter sur les secours promis par le Midi.
A Bordeaux, comme à Marseille, la révolution du 31 mai fut accueillie avec des transports d'indignation. Le 6 juin, dès la première nouvelle de l'attentat commis contre ses plus illustres députés , le Conseil général envoie à la Convention une adresse menaçante. Les diverses autorités locales se réunissent sous le titre de Commission populaire de salut public du département de la Gironde, et se déclarent en permanence jusqu'à ce que, disait l'arrêté, « avec l'aide des agents du peuple des autres départements, la Convention nationale ait recouvré son entière liberté ». Des émissaires furent expédiés dans les pays environnants et même jusqu'à Lyon et à Dijon; mais tout sè borna à de vains manifestes et à des démonstrations stériles. Pas un bataillon, pas une compagnie, pas un soldat ne sortit
LIVBE XLIII.
des murs de Bordeaux pour se diriger sur Bourges, où devaient converger tous les contingents des provinces insurgées. Bien plus, les nouvelles autorités constituées protégèrent le départ de deux représentants du peuple, Ichon et Darligoyte, qui avaient élé arrêtés à .quelque dislance de Bordeaux, et que la foule ameutée voulait retenir. Ces autorités écrivirent au Comité de salut public, à Paris, pour lui faire connaître cette preuve de magnanimité donnée par toute une ville, au moment où elle était elle-même outragée par l'incarcération illégale de ses plus chers représentants. Celte lettre semblait indiquer un temps d'arrêt dans la résistance bordelaise; elle suggéra au Comité la pensée de tenter une démarche conciliatrice. Deux de ses membres, Mathieu et Treilhard, furent envoyés dans la Gironde; mais ces messagers de paix furent bientôt obligés de céder devant les manifestations populaires et se retirèrent à Périgueux.
Le Calvados avait depuis longtemps témoigné ses tendances girondines. Quelques jours avant le 31 mai, le Conseil général du département avait voté, d'accord avec les autorités de la ville et du district, la création d'une force armée pour maintenir la liberté des délibérations au sein de l'Assemblée et veiller à la sûreté individuelle des représentants. Neuf commissaires, pris dans le Conseil général -des sections et des sociétés popu-
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
hûres, s'étaient rendus à Paris pour notifier cet arrêté à la Convention; mais cette députation était tombée au milieu de la tourmente qui emporta la Gironde et n'avait pu être admise à la barre de l'Assemblée. Le 2 juin accompli , les délégués du Calvados comprirent qu'ils n'avaient plus rien à faire ù Paris , et qu'il ne leur restait qu'à rendre compte à leurs commettants de ce qu'ils avaient vu et entendu. En revenant à Caen ils s'arrêtent à Évreux, où ils trouvent réunies les autorités du département de l'Eure. Le récit qu'ils font des événements dont ils ont été les témoins oculaires excite une indignation unanime; immédiatement le Conseil prend un arrêté qui fait appel au concours armé de tous les autres départements pour déliver Paris de la tyrannie d'.une faction usurpatrice, et qui fixe à quatre mille hommes le contingent particulier de l'Eure.
Dès le retour de ses commissaires, le Calvados s'empresse de suivre cet exemple. Les corps administratifs de toute sorte, unis aux sociétés populaires, déclarent ne plus reconnaître l'autorité de la Convention; ils ordonnent l'arrestation de deux représentants du peuple, Romme et Prieur (de la Côte-d'Or), alors en mission sur les côtes de la Manche, et nomment le général Félix Wimpfen commandant en chef delà force armée à diriger sur Paris '.
1. Le générai Wimpfcn était natir de Bayeux. Il avait, représenté la noblesse de celte ville à l'Assemblée constituante et venait de se distinguer par la défense de Thionville contre les Autrichiens el les émigrés; il était arrivé depuis peu dans le Calvados pour commanft\r l'armée dite des cotes de Cherbourg, dont la Convention avait