LIVRE xliii
à l'appel de la Commune et du Comité Le 5 juillet, Real, substitut de Chaumette, gourmandait publiquement l'insouciance de ses concitoyens, si lents à s'émouvoir a lorsque les brigands, — c'est ainsi qu'il qualifiait lesinsurgés normands, — marchaient en armes sur Paris».. Un autre officier municipal allant plus loin demanda que le Conseil général, pour, donner l'exemple, partît le fusil en main , le sac sur le dos et l'écharpe au cou. La proposition fut applaudie, mais non adoptée *. Enfin Pache lui-même dut s'en mêler et écrire coup sur coup aux sections, deux lettres où il les adjurait de satisfaire sans retard aux réquisitions qu'il leur avait adressées au nom du salut public \
1 . Plusieurs sections parisiennes avaient même été jusqu'à envoyer à Évreux des commissaires pour jurer fraternité aux citoyens de l'Eure el les assurer qu'elles ne participeraient point à la levée des bataillons destinés à marcher contre eux. La section de Molière et La Fontaine, celle de la Fraternité, avaient pris l'initiative de celte démarche. L'ambassadeur avait été Mouchet, peintre-architecte, devenu juge de pais par l'élection populaire, le même qui avait joué, au 20 juin {voir tome I, p. 164, 171 et suivantes), un rôle si actif et si imprudent. A. son retour d'Évreux, Mouchet fut arrêté par ordre de la Conimune {Moniteur, n°> 496 et 199}, et traduit quelque temps après au Tribunal révolutionnaire. II y comptait sans doute quelques anciens amis, voire même quelques complices; en tout cas, la pacification de la Normandie aidant, il fut acquitté. Il est probable qu'on lui enjoignit seulement d'être plus circonspect à l'avenir. Jl se le tint pour dit, car nous ne le voyons plus reparaître dans aucun épisode de l'histoire révolutionnaire. (Voir aux Pièces justificatives la note consacrée à cet incident très-peu connu de l'insurrection normande.)
Moniteur, n° 4 89.
- 3, Voici ces lettres curieuses a plus d'un égard. Nous appelons l'attention du lecteur sur les deux passages où l'avisé magistrat insi-
m HISTOIRE DE LA TERREUR-
Cependant le Comité de salut' public élaborait toujours son rapport sur la prétendue conspiration fédéranue à ses concitoyens qu'ils sont libres de fournir, s'ils le veulent, un contingent plus Élevé que celui qu'il leur a tout d'abord demandé, et les tranquillise sur le nombre des ennemis qu'ils auront a combattre.
u Paris, le 6 juillet 1105, Van 2* de la République, a Citoyens,
« tin rassemblement de contre- révolutionnaires se forme dans le département de l'Eure. Le Comité de salut public a accepté un bataillon de Seine-et-Oise et un bataillon de Seine-et-Marne, et il a demandé deux bataillons de Paris; ils sont destinés à se porter dans le département de l'Eure pour soutenir le courage des patriotes, et pour protéger la circulation des subsistances de Paris et de Rouen.
" Le Conseil général de la Commune de Paris demande aux sections ces deux bataillons. Il a, dans une occasion semblable, présenté un mode, et ou a discuté longtemps à ce sujet; dans celle-ci, il s'en remet au zèle, au patriotisme des sections mêmes, pour éviter toute discussion.
« Citoyens, ne perdez pas encore un temps précieux en discussions frivoles. Voulez-vous être libres, voulez-vous assurer ce bonheur a la génération future? Partez promptement !
« Que les hommes de bonne volonté, que les hommes de courage s'élancent àans l'arène, et qu'au lieu de délibérations, la France et l'Europe nous reconnaissent aux actions.
« Le maire de Paris,
a Pache. d
« P. S, Si vous voulez donner un plus grand secours, vous en serez les maîtres, après que le premier envoi sera fait; mais partez toujours, je vous en conjure au nom du salut public.
« Le point de rassemblement des listes de ceux qui veulent partir est rue Barbette.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France