‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 67 sur 308 · LIVRE XLIIÏ · texte numérisé non relu

LIVRE XLIIÏ

liste; il s'était engagé à le faire en trois jours, il y mit six semaines. C'était Saint-Just, l'ennemi le plus irréconciliable de la Gironde, qui s'était chargé de prouver d'une manière irréfutable le crime des vaincus. Vingt fois recommencé et remanié, son réquisitoire ne fut prononcé que le jour où le Comité 1 se crut eh mesure d'agir de vive force contre les révoltés de l'Eure et du Calvados. Les mérites de l'œuvre ne trahissent guère le labeur qu'elle avait coûté; c'est une amplification pauvre, incohérente et déclamatoire; les faits n'y sont

« Le commandant général est chargé de la levée; les commandants Lsfèvre et Boulanger commanderont l'expédition.

< 7 juillet im.

« Citoyens, ' /

« J'apprends que l'on exagère le nombre des rebelles des déparlements de l'Eure et du Calvados ; c'est une perfidie.

« Le danger n'est pas dans le nombre des révoltés actuellement existant, mais dans la possibilité que leur rassemblement ne devienne, comme celui de la Vendée, plus considérable par votre inaction.

« Citoyens, la raison et l'expérience, l'humanité et le patriotisme doivent également nous faire accélérer ce secours.

« Partons donc sans tant délibérer ni sur les formes, ni sur les autres circonstances; partons, je vous en conjure, au nom de la Pairie.

a Le maire de Paris,

o Pache. »

\ Un examen attentif des registres du Comité de salut public nous a permis de constater : 1° que Saint-) ust fut nommé rapporteur le 4 6 juin ; 2" que la première édition de son rapport fut lue au Comité du 24 juin; 3° que le rapport fut discuté pendant plusieurs séances consécutives; 4° qu'il ne fut définitivement adopté que le 8 juillet au matin, le jour même où son auteur l'apporte à la tribune de la Convention.

pas même exposés avec ordre et logique; le talent n'en est pas moins absent que la vérité '.'

Samt-Jost demandait en somme a la Convention ;

4° De déclarer traîtres à la patrie Buzot, Barbaroux, Gorsus. Lânjuioais, Salles, Louvet, Bergoing, Birotteau, Pétion, coupables de s'être soustraits par la fuite au décret d'arrestation rendu contre eux et d'avoir fomenté la rébellion dans les départements de l'Eure, du Calvados et de fthôhe-et-Loire ;

2° De décréter d'accusation Gensonné, Guadet, Vergniaud, Mollevaut et Gardien, prévenus de complicité dans les mêmes complots;

3° De rappeler dons son sein Bertrand et les. autres députés plus trompés que coupables.

L'Assemblée n'osa pas adopter immédiatement ces conclusions. Elle vote l'impression du rapport, et en ajourne la discussion à une époque indéterminée.

La séance du lendemain; 9 juillet." fut marquée par un incident qui montre combien la tyrannie de la Montagne, après six semaines d'oppression, trouvait encore de résistance dans la droite, et quel courage les Girondins, même les plus obscurs, savaient déployer au besoin pour affirmer leurs opinions et protester contre la proscription de leurs amis.

Jean-Bon-Saint-André venait de rendre compte du mouvement fédéraliste de Montpellier. II s'était créé clans cette ville un Comité de salut public qui pactisait

■I. Nous renonçons à donner l'analyse de- ce pitoyable morceau. Le lecteur curieux le trouvera aux n01 199 et 200 du Moniteur.

LIVBE XLIII.

■Vil

avec les autorités rebelles de l'Eure, du Calvados et de la Gironde; son premier acte avait été d'intimer à tous les membres de fa Convention l'ordre de se constituer prisonniers au chef-lieu de leurs départements respectifs pour être jugés par un grand jury national.

A la lecture dé cette pièce, des applaudissements partent de la droite- Les Montagnards indignés couvrent aussitôt de leurs murmures ces bravos audacieux. Chabot s'élance à la tribune, et, désignant du doigt les bancs où siègent les téméraires approbateurs: « Voilà, s'ccrie-t-il, les conspirateurs qui ont dicté ces mesures Itberlicides. La Convention va sévir rigoureusement contre les perfides qui les ont adoptées; mais le pourrat-elle avec justice, si elle ne commence pas par punir ceux, qui applaudissent aux complots? C'est par ces indignes collègues qu'il faut commencer la purification... Je demande que le citoyen qui vient d'applaudir, et dont je m'honore de ne pas savoir le nom, soit envoyé à l'Abbaye. »

Le membre accusé monte à la tribune; c'est Couhey, député des Vosges. Jusqu'à ce jour il n'avait pas pris la parole dans le sein de l'Assemblée, et il était fort peu connu. « Tout homme, dit-il, a droit de manifester son opinion par la parole ou par des signes d'approbation ou dé désapprobation. Comme représentant du peuple, j'ai plus que tout autre le droit de manifester la mienne avec la plus grande liberté. Eh bien, je le déclare, mon vœu est conforme à celui de l'arrêté qu'on vient de lire, et, au nom de la souveraineté du peuple, je trouve juste que les députés, à leur retour dans tes départements,

m HISTOIRE DE LA TERREUR.

soient soumis au jugement légal de leurs concitoyens. Je convertis en motion la demande des habitants de Montpellier, et j'insiste d'une manière expresse pour que la Convention adopte ma proposition. »

« C'est par un mensonge, répond Lacroix, que Couhey entreprend de se justifier : il a tronqué la disposition contre-révolutionnaire à laquelle il a applaudi ; il n'a pas dit que cet arrêté émanait d'un Comité se disant de salut public qui. dans le département de l'Hérault, prétend faire à lui seul des lois pour toute la République. Cet arrêté, fût-il bon en lui-même, est coupable parce que les gens qui l'ont pris n'avaient pas le droit de le prendre. Je fais observer que, lorsque le Comité de salut public présenta le projet de constitution, on proposa en effet de laisser aux assemblées primaires le droit de juger leurs députés après la session ; mais cette proposition, appuyée par le côté droit, fut vigoureusement combattue par la gauche parce que les assemblées primaires, n'étant qu'une portion du Souverain, n'ont pas le droit de juger des représentants de la nation entière. Le mépris du décret par lequel vous avez rejeté celte proposition est un délit de plus de la part du député qui a applaudi, au moment où l'on vous dénonçait un Comité composé de contre-révolutionnaires, comme ceux qui siègent là, — l'orateur montre le côté droit, — qui prétendent faire des lois au nom de quelques séditieux, et ne pas obéir à celles qui sont faites au nom du peuple entier. Vous ne devez pas faiblir devant ceux qui s'annoncent leurs complices. Je demande que, pour en donner un grand exemple, le membre qui a applaudi soit

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