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envoyé pour trois jours à l'Abbaye, et que le décret lui soit immédiatement signifié par un huissier. »
Cette proposition est adoptée, et un instant après elle est notifiée à Gouhey. Celui-ci veut faire observer que le décret n'est pas motivé ; sa voix est étouflëe par le bruit. Il insiste; la gauche demande que, s'il refuse de se soumettre, il soit décrété d'accusation.
« Encore une fois, président, dit Couhey, donnezmoi la parole!
— Point de parole, hurle la Montagne; l'exécution du décret !
— C'est la tyrannie la plus atroce,» s'écrie Guyomard.
Des murmures accueillent celte courageuse exclamation. Pendant cette scène, Couhey a quitté son siège. Avantde sortir, il essaye encore de parler, maïs de nouvelles vociférations l'interrompent. Le député des Vosges se relire enfin, aux trépignements des tribunes, fières de leur intolérance et de leur pouvoir souverain *.
4. Couhey se rendit tout de suite en prison, ainsi que l'atteste le certificat qu'il se fit délivrer par le geôlier en chef de l'Abbaye.
u Prison de l'Abbaye, 10 juillet 1793, ac JI de la Hépubliqu*.
« Le citoyen Couhey, député à la Convention nationale, s'est rendu hier 9, a quatre heures et demie, ès dites prisons, pour y être détenu pendant trois jours, suivant l'ordre du décret dont lui-même était porteur.
« Delavaquesie, gre$er-concierge. »
Couhey et Guyomard, qui, dans la séance du 9 juillet, protestèrent si hardiment contre la tyrannie de la Montagne, avaient déjà donné antérieurement une preuve de courage en votant, lors du procès lie Louis XVI, pour l'appel au peuple et la détention. Ils survécurent l'un et l'autre à la tempête révolutionnaire. Après ie 48 brumaire.
Que devenait pendant ce temps l'insurrection de la Normandie? Malgré les efforts des commissaires envoyés par l'Eure et le Calvados dans les départements voisins, elle s'était fort peu étendue. La Seine-Inférieure, l'Orne, n'avaient fait aucune démonstration; les autorités de la Manche avaient paru d'abord disposées à se joindre au mouvement; mais, mises en demeure d'arrêter deux représentants en mission à Cherbourg, Prieur (de la Marne) et Lecointre (de Versailles), elles reculèrent devant cet acte audacieux. La ville de Caen elle-même, où était établi le quartier général dés révoltés, ne témoignait pas d'un grand zèle; son contingent, augmenté des recrues de Vire et de Bayeux, n'excédait pas six cents hommes. Cette tiédeur tenait en partie à l'attitude plus que singulière des chefs naturels de l'insurrection, c'esl-à-dire des députés réfugiés à Caen.
Dans les premiers jours de juin, ces députés étaient au nombre de neuf; à la fin du mois on en comptait dix-sept '. Les autorités du Calvados leur avaient fourni
Couhey fut nommé conseiller à la Cour d'appel de Nancy. Guyomard rentra dans la vie privée et so relira à Guingamp, sa ville natale.
4. Les premiers arrivés étaient Buzot, Barbaroux, Cussy, Henri la Rivière, Lesage (d'Eure-et-Loir), Salles, Bergoing, Delaliaye et Duval.
Les nouveaux venus étaient. Guadel, Louvet, Pétion, Kervélégan, Mollevaut, Giroust, Valady et Meiltan.
Les mémoires de Louvet, de Mcillan et de Pétion nous font connaître les épisodes de la fuite de plusieurs de ces proscrits. Celte
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France