‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 69 sur 308 · LIVRE XLIII · texte numérisé non relu

LIVRE XLIII

une large hospitalité; ils étaient logés à l'ancienne Intendance, et généreusement défrayés par la Municipalité. Il semblait qu'étant les promoteurs du mouvement, ils dussent tenir à honneur de le diriger et de l'étendre en formant une sorte de Comité de salut public. Tandis que certains d'entre eux seraient demeurés à Caen, au centre même de l'action, les autres auraient dû s'imposer la mission de parcourir les départements circonvoisins pour obtenir des autorités constituées une adhésion résolue, un concours énergique, de nombreuses levées de volontaires.

Loin de se partager ainsi la tâche, conformément aux exigences de la situation, ces dix-sept députés ne montrèrent aucune initiative personnelle.. Ils affectaient de rester en quelque sorte spectateurs des événements* Mis s'abstenaient d!intervenir d'une manière active et

Tuile présentait quelques- difficultés, car, pour atteindre Évreux et Caen, il fallait traverser plusieurs petites villes dont les municipalités étaient complètement dévouées aux idées mara listes.

'Louvet arriva en. .voilure, avec la compagne fidèle qu'il devait épouser peu d ; temps après; Guadet fit le trajet à pied, déguisé en garçon tapissier. Pétion; qui avait été arrêté avec Guadet le 3 juin, après avoir pa;sé la nuit dans un champ de blé sans pouvoir franchir le mur d'enceinte de Paris, s'esquiva le 24, en allant, accompagné de son gendar.ne, diner chez son collègue Masuyer. Il resta quelque temps caché dans Paris. Deus jeunes ouvrières en linge, qui ne le connaissaient que par un ami commun, lui donnèrent asile pendant plusieurs jours. Qu'on lise dans les mémoires de Pétion, récemment publiés, les louanges qu'il se décerne pour avoir respecté la pudeur de ces deus jeunes filles, puis qu'on rapproche de ce langage lo récit qu'il nous a laissé du retour de Varennes (voir tome I, p. 34"), on aura une idée complète de ce triste personnage qui lui un instant roi de Paris, et qui ne seruit que ridicule si sa mort n'avait pas été aussi lamcnlable.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

ostensible dans un mouvement auquel ils voulaient, disaient-ils, laisser son caractère tout local et tout popu- ' laire. Ils se déniaient le droit de parler au nom de cette représentation nationale du sein de laquelle ils avaient été violemment arrachés ; ils n'osaient invoquer la fière maxime que le grand Corneille met dans la bouche de Sertorius :

Rome n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis.

Ceux-ci faisaient des brochures; ceux-là des chansons. De temps à autre ils assistaient aux délibérations des corps constitués ou allaient aux séances de la Sociélé populaire faire quelque assaut d'éloquence avec les patriotes de la localité. À chaque pas, ils étaient . arrêtés par des questions de compétence et de légalité, par des scrupules hors de saison. Barbaroux, qui écrivait quotidiennement à ses amis restés à Paris, pour les exhorter à venir le r ejoindre à Caen, était le premier à déclarer dans ses lettres, que la réunion de tous les proscrits dans la même ville ne constituerait jamais une assemblée compétente pour faire des décrets et pour se dire la représentation de la France. « Nous ne pourrions pas, écrivait-il, former une autoritéqui ne saurait exister que dans le cas où la majorité de la Convention se trouverait rJunie, mais nous pourrions du moins concerter ensemble les mesures propres à sauver la liberté, et donner à l'opinion du département un nouveau ressort, en leur présentant une plus grande masse de députés proscrits, persécutés par les tyrans de Paris *. »

4. Nous donnons à la Un de ce volume les lettres de Barbaroux,

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