LIVRE XLIII
volontaires de l'Eure, et de deux ou trois cents cavaliers, des régiments en formation dans le pays, qui avaient consenti à. servir la cause embrassée par leur général.
Wimpfen se décide enfin à une démonstration offensive; sans quitter Caen de sa personne, il envoie en avant, avec la plus grande partie de ses troupes, un ancien officier, le comte Joseph de Puisaye, qu'il a fait agréer pour son lieutenant par les autorités normandes et bretonnes. Puisaye pousse jusqu'à Évreux; mais, arrivé là, il s'arrête et demande avec insistance qu'on lui expédie des renforts. Malheureusement il était plus facile de faire appel à l'arrière-ban que de l'obtenir. Wimpfen commande pour le lundi 7 juillet une-grande revue de la garde nationale de Caen. Les troupes réunies, le général parcourt le front de bataille et invite les hommes de bonne volonté à sortir des rangs. Dixsept volontaires se présentent. Les autorités essayent de suppléer par la voie des réquisitions à cette incroyable indifférence; cette mesure extrême ne fournit encore que cent trente hommes. Ils sont aussitôt dirigés sur Évreux. Dès qu'il les a ralliés, Puisaye se met en marche vers Pacy-sur-Eure et Vernon.
Laissons-le franchir cetfe courte étape, et voyons quels avaient été, pendant ce temps, les préparatifs du Comité de salut public. Ils n'étaient guère plus formidables que ceux des fédéralistes. On avait organisé, comme on avait pu, deux bataillons de Paris et un bataillon de Seine-et-Oise; on y avait joint quelques troupes de ligne et une forte escouade de gendarmes. Le commandant en chef de l'expédition était un général fort
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
obscur nommé Sepher 1 ; le commandant en second était l'adjudant général Brune, grand ami de Danton et de Camille Desmoulins, chargé par eux de surveiller tout à la fois la marche des opérations et l'esprit de l'armée: Quatre commissaires de la Commune accompagnaient les troupes ; deux représentants du peuple, Robert Lindet et Duroy, investis de pouvoirs illimités1, étaient chargés de prendre toutes les mesures que les circonstances exigeraient. Ils étaient tous les deux Montagnards, mais ils appartenaient au département de l'Eure, et l'on complaît autant sur leur influence personnelle, pour amener une prompte pacification, que sur l'action de l'armée destinée à réduire les rebelles.
1 . Sppher, entré comme soldat au régiment générât dragons, le 6 décembre 1773, avait été congédié le 30 mars 4777. Nommé successivement en 4789 sous-liealenant de la garde nationale de la Seine, (division de la rue CoquîllièreJ, puis chef de bataillon, (section de la halle aux blés), il reçut le 5 juillet 4793 le grade de général de brigade pour commander l'expédition de Normandie. Général de division après le combat de Pacy, Sepher commanda en chef un instant l'armée des côtes de Cherbourg; mais ses succès l'avaient rendu suspect. Dénoncé aux Jacobins de Paris comme entaché de modéra nlUme, il fut suspendu de ses fonctions de général en chef, à Rennes, le 41 frimaire an II, par les représentants du peuple Turreau, Bourbolte et Prieur de la Marne. L'arrêté de suspension ne devait èlre levé par la Convention que le !4 messidor an III.
2. .Ces pouvoirs leur avaient été accordés en vertu du décret suivant :
a La Convention nationale décrète qne les citoyens Lindet et Duroy se transporteront sans délai dans le département de l'Eure pour y prendre toutes les mesures de sûreté générale qu'exigent les drconslances; elle les investit à cet effet de tous les pouvoirs nécessaires à l'importance et au succès do leur mission, »
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France