Rapport Saint-Prix
2. Qui avait donné l'ordre d'ouvrir? Personne, après l'événement, ne voulut en assumer sur lui la responsabilité. Qui avait ouvert? Il est certain que ce furent des gardes nationaux se trouvant dans l'intérieur de la cour qui levèrent les bascules des deux battants de la porte; mais quels étaient-ils? le firent-ils de leur chef ou sur un ordre verbal? C'est ce que personne ne put dire. (Voir la déclaration du suisse de la porle Royale, nommé Brou, les rapports des deux gendarmes. de garde, les déclarations de Lassas et Rulhière.) L'intendant de la liste civile, Laporte, qui interrogea tous les concierges du I 43
torrent, une grille se trouve à l'extrémité de la cour, sous la voûte qui conduit au grand escalier; les chefs de légion Àcloque, Mandat, Pinon, le commandant de bataillon Vaoôtte, s'efforcent de fermer cette grille, ils appellent à leur aide les canonniers et les chasseurs qui font partie de la garde montante, arrivée depuis quelques heures et répandue dans Ja cour; mais ceux-ci refusent d'écouter la voix de leurs chefs.
« Êtes-vous sûrs, s'écrie Pinon, qu'il ne se mêlera point, parmi ceux qui se présentent, des hommes capables d'attenter a la vie du roi? — Il vaut mieux, lui répond-on, qu'un seul homme soit tué que nous. — Vous voulez donc nous faire égorger? » crient les canonniers en empêchant leurs officiers d'opposer ce dernier obstacle à la foule.
L'irruption estsi violente qu'un descanonsdu bataillon du Val-de-Grâce est transporté à bras jusque dans la troisième pièce du château, dans la salle des Suisses ; mais là il s'accroche dans la porte et empêche ceux qui suivent de pénétrer plus avant. Cet incident ne fait qu'enflammer la fureur du peuple, parmi lequel le bruit se répand qu'on a trouvé une bouche à feu prête à le mitrailler. Tout s'explique bientôt, grâce aux municipaux Boucher-René et Mouchet, qui adressent des reproches aux canonniers sur leur excès de zèle, font dégager la porte à coups de hache et descendre le canon au pied de
château, fait remarquer qu'il n'y eut de forcée que la porte Royale; celles de la cour des Suisses et de J;i cour des Princes restèrent fermées jusqu'au soir et rie servirent qu'à l'écoulement de la foule.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
l'escalier; il y resta jusqu'au moment de l'évacuation du palais 1 .
Traitant les Tuileries comme une ville emportée d'assaut, renversant tout ce qui s'oppose à son passage, la tourbe envahissante pénètre jusqu'à la salle de l'Œïl-de- Bœuf, dont les portes sont fermées et dont elle réclame l'entrée à grands cris.