XVI II
Dans cette salle se trouvaient le roi, trois de ses ministres, Beaulieu, Lajard et Terrier, le maréchal de Mouchy, deux officiers de gendarmerie, un ou deux chevaliers de Saint-Louis, le chef de légion Lachesnaye, et enfin plusieurs simples volontaires de la garde nationale, Fontaine, Gossé, Bidault, Lecrosnier, Guibout.
Madame Elisabeth, qui n'a point quitté son frère, écoute en frémissant les bruits terribles par lesquels s'annonce l'invasion populaire, et, tout en larmes, adjure les gardes nationaux de défendre le roi»
En ce moment on frappe à une autre porte que celle derrière laquelle hurle la populace. Est-ce encore l'ennemi? Non, c'est Acloque et l'adjudant Boivin qui , par les escaliers intérieurs, accourent, avec un renfort de gardes nationaux, protéger le roi ou mourir avec lui. Ils se nomment; on leur ouvre. Acloque se précipite vers le monarque, le saisit à bras-le-corps et, le suppliant de
*. Rapport Saint-Prix. — Rapport Mouchet,
se montrer au peuple, lui jure de périr plutôt que de lui voirsubir la moindre insulte 1 .
La porte, qui seule sépare Louis XVI des envahisseurs, est de plus en plus violemment ébranlée par des coups de hache et de crosses de fusil. Un des panneaux tombe. Des piques, des bâtons, des baïonnettes menacent les poitrines des braves grenadiers qui se sont précipités devant le souverain, o Sire , s'écrie l'un d'eux , n'ayez pas peurl — Non, réplique le monarque, héroïque en. ce moment 2 , non, je n'ai pas peur ; mettez la main sur mon cœur, il est pur 3 ; » et, saisissant la main du garde national, il l'appuie avec force contre sa poitrine. Puis, décidé à suivre le conseil que lui a donné Acloque, il commande de laisser entrer le peuple. Le chasseur Fontaine lire le verrou d'en bas, un Suisse celui d'en haut*, et aussitôt la porte ouverte, vingt ou trente individus entrent en courant. « Citoyens, leur crie Acloque, reconnaissez votre roi, respectez- le, la loi vous l'ordonne ; je périrai, nous périrons tous, plutôt que de laisser porter la moindre atteinte à son inviolabilité. »
Aces mots prononcés d'une voix ferme, l'invasion populaire s'arrête durant quelques secondes 5 ; on proBte