LIVRE III
comme une seconde Bastille. Le sang ne doit pas coûter au peuple pour conquérir de nouveau sa liberté 1 . »
Louis XVI avait opposé un front calme et digne aux fureurs de la populace. Il déploya une énergie non moins noble, lorsque, s'adressant le 22 juin à la nation française, il fit éclater, dans une proclamation célèbre, les sentiments dont son âme était pleine 2 .
« Les Français, disait-il, n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude, égarée par quelques factieux, est venue à main armée dans l'habilatîon du roi, a traîné un canon jusque dans la salle des gardes, a enfoncé les porles de son appartement à coups de hache, et là, abusant audacieusement du nom de la nation, a tenté d'ob-
4 . Avis du commandant du bataillon du Val-de-Grâce, Saint-Prix. Revue rétrospective, p. 196.
5. M. Louis Blanc, t. VI, p. 453 ; M. Michelet, t. IV, p. 502, s'élèvent avec la plus incroyablé acrimonie contre cette proclamation où, suivant le premier, grondaient toutes les colères du cœur de Louis XVI; où, suivant le second, le roi parlait sur un ton qu'il eût pu prendre s'il avait eu une armée dans Paris. Nos lecteurs jugeront si c'est la colère ou la'magnanimité qui présida à la rédaction de cette adresse, et si celui qui la signa devait avoir un ton plus humble, parce qu'il était dénué de tout moyen répressif pour repousser l'envahissement brutal de son palais. Il y a des gens qui mesurent leur langage à la puissance des forces matérielles dont ils disposent; il y en a d'autres qui le mesurent à la grandeur de leurs droits et de leurs devoirs. Nous avouons hautement notre prédilection pour ces derniers.
tenir par la force la sanction que Sa .Majesté a consiïlutionnellement refusée à deux décrets.
« Le roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa conscience et son amour pour le bien public. Le roi ignore quel sera le terme auquel ils voudront s'arrêter; mais il a besoin' de dire à la nation française que la violence, à quelque excès qu'on veuille la porter» ne lui arrachera jamais un consentement à tout ce qu'il croira contraire à l'intérêt public. Il expose sans regret sa tranquillité, sa sûreté; il sacrifie même sans peine la jouissance des droits qui appartiennent à tous les hommes et que la loi devrait faire respecter chez lui comme chez tous les citoyens. Mais, comme représentant hérédilaire de la nation française, il a des devoirs sévères à remplir, et s'il peut faire le sacrifice de son repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs.
. « Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de plus, ils peuvent le commettre ; dans l'état de crise où elle se trouve, le roi donnera à toutes les autorités constituées l'exemple du courage et de la fermeté, qui seuls peuvent sauver l'empire. En conséquence, il ordonne à tous les corps administratifs de veiller à la sûreté des personnes et des propriétés. « Fait à Paris, le 22 juin 4792, l'an iv de la liberté.
« Signé : Louis. Contresigné : Terrier: »
Celte proclamation souleva des transports de rage parmi les ultra-révolutionnaires. Prud'homme, en la reproduisant 1 , la fit suivre de ce mot : « Imposture! »