PIÈCES INÉDITES
Extrait du procès-verbal des déclarations reçues var le jugt de paix de la section des Tuileries sur la journée du 20 juin, dali, . au commencement, du 25 juin 1792.
I. — M. WmsciiOFF, lieutenant général, commandant en chef de la 17 e division , demeurant aux Tuileries, a déclaré que le commandant général de la garde nationale n'ayant pas donné d'ordre aux troupes de l'intérieur ni de l'extérieur du Château de défendre l'entrée à la troupe du sieur Santerre, évaluée à sept ou huit mille hommes, n'ayant pas même fait connaître la loi de repousser la force par la force, deux officiers municipaux, qu'il a appris depuis être les sieurs Patris et Hu , à la tête de sept à huit mille hommes, ont demandé l'ouverture de la porte royale.
II. — M. Genty, premier valet de garde-robe du roi, demeurant rue du Chantre , a déclaré qu'étant de service le mercredi 30 juin, il vit arriver dans le cabinet du roi, sur une heure après midi , trois officiers municipaux qui dirent au roi que la porte de là terrasse des Feuillants était fermée, et que les citoyens ne pouvaient défiler par cette porte; qu'ils avaient été surpris d'y voir un canon, et que des citoyens qui marchaient légalement ne pouvaient qu'être offensés de se voir soupçonnés de mauvaises intentions; que l'un d'eux, qu'il a su depuis être le sieur Mouchet, ajouta que le rassemblement n'était autre chose que des citoyens qui s'étaient réunis pour faire une pétition à l'Assemblée nationale, et ensuite célébrer une fête civique à l'occasion de l'anniversaire du serment du Jeu de Paume; qu'à la vérité, ces citoyens étaient revêtus des mêmes habits et avaient les mêmes armes qu'au juillet 1780; — que le roi leur répondit : « Vous devez faire exécuter la loi. Concertezvous avec le commandant général de la garde nationale, si vous
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[e jugez nécessaire. Messieurs, faites ouvrir la porte des Feuillants ; qu'ils défilent le long de la terrasse; faites en sorte que la tranquillité publique ne soit pas troublée : votre devoir est d'y veiller. »
III. — M. Montmown , maire de Fontainebleau, demeurant rue de la Pépinière, faubourg Saint-Honoré, a déclaré que M. Vergniaud, ni les autres députés de l'Assemblée nationale, ni les huissiers, ni les officiers de paix ne purent calmer l'effervescence, ni ramener le silence ; que M. Pétion étant arrivé, il se fit un grand silence,, et qu'il tint à peu près le discours suivant, après avoir rappelé la confiance qu'on avait en lui .: « Citoyens, vous vous êtes présentés ici avec dignité et avec la majesté d'un peuple libre. Vous avez représenté ce que vous désirez; vous l'avez fait avec sagesse ; le roi ne peut pas s'expliquer dans ce moment; il faudrait lui laisser le temps de délibérer. 11 serait peut-être même dangereux qu'il levât son veto, parce qu'on pourrait dire qu'il n'était pas libre. Maintenant, il faut vous retirer avec sagesse, de peur qu'on ne calomnie les intentions du peuple. »
IV. — Le sieur Hémerï, négociant, grenadier volontaire du bataillon Saint-Jacques-I'Hôpital, demeurant rue Saint-Denis, a déclaré que M. Pétion , étant arrivé entre cinq et six heures au Château, assisté d'officiers municipaux, parla au roï, puis, se retournant vers le peuple, le harangua, en disant : « Vous êtes entrés en hommes libres, vous avez fait votre motion; en restant plus longtemps, vous donneriez lieu à la calomnie. Citoyens, défilez devant le roi, et retirez-vous avec la même dignité avec laquelle vous êtes entrés. »
. V. — Les sieurs Dorival et Dossonville, officiers de paix, demeurant tous deux rue de Bourbon, ont déclaré que M. Pétion a dit au peuple qu'après être entré avec dignité il ne devait pas donner lieu à calomnier sa démarche, qu'il ne devait pas souiller cette journée. L'un d'eux a observé qu'un oflîcier municipal, en habit gris, revêtu de son écharpe, qui n'est pas M. Sergent, sollicitait le peuple de demander le rappel des ministres patriotes
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et la sanction du décret du camp de vingt mille hommes; mais il n'a pti dire le nom de cet officier.
VI. — Le sieur GuiNGUEitLOT, lieutenant-colonel de la 30 e division de la gendarmerie nationale, a déclaré qu'au moment où l'on forçait les portes du Château, il a entendu dire à plusieurs volontaires de ja garde nationale : « Nous périrons plutôt que de les laisser entrer; » et à d'autres : « Nous n'avons pas d'ordres, nj d'officiers pour nous commander. »
VII M. Lksikch, député du département de l'Orne, a déclaré que, vers six heures du soir, on entendit annoncer l'arrivée de M. Pétion; qu'il entra au milieu des applaudissements, M. Sergent avec lui; qu'il pénétra jusqu'au roi, et lui -dit qu'il n'avait rien à craindre au milieu du peuple; que le roi répondit qu'il ne craignait rien et qu'on pouvait remarquer sa tranquillité; que M. Pétion obtint ]e sjlence, et dit au peuple qu'après s'être conduit avec dignité et avoir exprimé sa volonté au roi i) devait se retirer, crainte de donner occasion de calomnier les citoyens et les magistrats en qui ils avaient confiance, et exhorta le peuple à continuer de se conduire en hommes libres.
VIII. — M- Beçquey, député du département de la Haute-Marne, a déclaré que le mercredi 20 juin, s'étant rencfu au château des Tuileries avec quelques-uns de ses collègues, sur ce qu'il apprit des dangers du roi et de sa famille, il vit arriver, deux heures après les députés, M. Pétion , qui parla au roi et ensuite ù la multitude, et commença par la féliciter sur ce qu'elle avait exprimé son vœu avec (Ijgnité, et l'engagea à ne commettre aucune violence envers le roi, observant que si le roi levait sur-le-champ son veto, comme on l'exigeait, les ennemis de la Constitution diraient qu'il n'était pas libre, et qu'on ne manquerait pas de calomnier encore je peuple.
IX. — M. Viwfmy, capitaine de la 1™ division de la gendarmerie nationale, demeurant à Villejuif, a déclaré qu'il a remarqué dans la foule et dans la salle de l'OEil-de-Bœuf un jeune hoiume d'une très-jolie figure qui , ayant pénétré assez près rîu roi , lui
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dit avec une véhémence qui était pîqfôt de l'audace : « Sire, vous n'êtes pas accoutumé à entendre la vérité. Je vais vous la dire au nom du peuple, et le peuple en ce moment parle par ma voix. Si vous ne sanctionnez pas les décrets de l'Assemblée, si vous ne rappelez pas les ministres patriotes, si vous ne marchez pas la Constitution à. te niaip. nous vous ferons descendre du trône : le règiie des tyrans est passé! » que M. Pétion, qui était près de ce jeune homme, écoutait ce discours et n'a pas dit un mot ppur lui en imposer.
Signé : Menjauo, juge de paix.