Expressions mêmes do lu pétition
population aux prises avec la famine, et par l'intempestive sévérité du maire, qui était directement intéressé, comme accapareur, au maintien du prix élevé du blé'.
Le prétexte pour décrier la fête de la Loi était trouvé, iï ne s'agissait plus que de l'exploiter; Robespierre et ses amis n'y manquèrent point. Le futur promoteur des lois draconiennes, par lesquelles la Convention punissait de mort les moindres infractions à ses décrets, la plus légère attaque à son autorité, entasse dans son journal sopbisme sur sophisme, mensonge sur mensonge, calomnie sur calomnie, et assaisonne ses filandreux arguments contre la célébration de la fête de la Loi de basses flatteries à l'adresse de ce qu'il appelait le peuple.
« Les événements arrivés à Étampes n'eussent-ils pas été dénaturés, écrivait-il, il faut convenir que le sujet de la fête dont nous parlons n'en aurait pas été plus heureusement choisi. Le but des fêtes publiques n'est pas de flétrir le peuple en perpétuant le souvenir de ses erreurs, de fournir des aliments aux perfides déclamations des ennemis de la liberté... Un maire déployant l'étendard de la mort contre lés citoyens qui l'ont choisi, dans l'un des mouvements dont l'inquiétude du peuple pour sa subsistance est la cause, est un citoyen estimable tout au plus peut-être; mais quelque douleur que puisse inspirer une infraction à la loi, il sera toujours difficile d'en faire un héros intéressant. »
i. Celle pétition et l'article dont Robespierre l'avait lait précéder sont donnés in extenso au tome XiV de l'Histoire parlementaire, p. 270-277,
Robespierre, qui devait un jour inventer !a fête de l'Etre suprême, s'élève ensuite contre ïa cérémonie qui se prépare, et, dans ce style ampoulé que certains historiens se sont plu à exalter on ne sait trop pourquoi, il émet ce principe : que les fêtes nationales sont généralement antipopulaires, que du moment où l'autorité légale prend l'initiative d'une cérémonie publique, cette cérémonie est, par cela même, un attentat à la souveraineté du peuple.
Nous le laisserons lui-même développer cette étrange théorie :
« Les fêtes nationales et les honneurs publics portent l'empreinte du gouvernement qui les ordonne... Dans les États libres, où le peuple est souverain, leur unique objet doit être de l'honorer, de former les âmes des citoyens à- la vertu, c'est-à-dire à l'amour de la pairie et de la liberté. Les honneurs publics ne peuvent être décernés avec gravité que par le peuple lui-même. . . Si l'on conçoit que, dans un vaste empire, le pouvoir de faire les lois au nom du peuple doit être confié à des représentants, on ne conçoit pas sans doute que personne puisse estimer et blâmer, aimer ou haïr, se réjouir ou s'affliger pour le peuple. Les honneurs publics, ainsi que les fêtes nationales, sont le luxe de îa liberté; rien n'oblige le peuple à déléguer le soin de les décerner;... il y a plus : entre les mains des magistrats, cette institution ne peut que dégénérer. La Constituante a eu raison de décréter que des honneurs ne pourraient être décernés aux grands hommes que deux ans après leur inort, mais elle eût mieux fait encore si elle avait refusé au
Corps législatif, à toute autorité Constituée de les 1 accorder; Car,- en raatièfë de génie et de civisme, lé i*Éb£u& Èëi ihfa(lLi(île, tarldis que tout autre fjuô lui est sujet à de grandes' efrëteri 1 * iî
En dépit de Robespierre et de ses fanatiques,, lâ fête eut lieu au jour indiqué, le premier dimanche de juin. L'Assemblée nationale y assista 2 . Toutes les autorités parisiennes* le département, fa municipalité y parurent, ainsi que la garde nationale. Quant aux masses populaires,- profondénient travaillées par les Jacobins", elles regardèrent passer le cortège , mais elles ne s'y mêlèrent point.- L^s inscriptions' légales, qui avaient remplacé sur les bannières lés devises à double entente de la fête de Châteauvieux * ne suscitèrent aucun enthousiasme. Les journaux jacobins cherchèrent à fairè considérer comme «ne menace l'apparition de la Loi tenant une ëpéè Hue a la main, comme si la Liberté portant une massue ri'était pas autrement insultante pour ceux qué les futurs terroristes faisaient passer pour ses ennemie On remarqua, ou plutôt on fit remarquer titi tableau représentant Sifîiofleau tué avec des piqiies, tandis qu'il avait été assassiné- Ù cotips de fusils, de baïonnettes* de bâtons ferrés 3 . Les mofs liberté, égalité, propriété, remplaçant les mots liberté, égalité, frâtefnité, qui avaient brillé sur le socle des statues promenées à' la fête de CliâteauvieUx*