‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 42 sur 191 · LIVRE II. m · texte numérisé non relu

LIVRE II. m

une proposition ministérielle faite d'une manière si in-* solite, elle vola un décret en sept articles, qui consacrait la formation d'un camp de vingt mille fédérés, recrutés dans toute la France, à raison de cinq hommes par canton, l'envoi immédiat aux frontières de toutes les troupes de ligne qui se trouvaient à ce moment dans la capitale, et la réunion de ces vingt mille volontaires, pour le ifl juillet prochain, à l'effet de former une fédération nouvelle et de resserrer ainsi, disait le décret, les liens de fraternité entre les départements et Paris.

La proposition de Servan et le vote approbatif de l'Assemblée furent, dans le conseil des ministres, le signal des récriminations les plus vives. La qlierelle s'échauffa tellement entre Dumouriez et Servan, qu'ils mirent tous les deux la main sur la garde de leur épée et que, sans la présence du roi, le sang eût coulé.

L'agitation était aussi très- grande dans le sein de ïa garde nationale parisienne. Quelques phrases du discours de Servan avaient paru très-malsonnantes aux constitutionnels ; le ministre avait semblé incriminer le zèle de la garde nationale et même se défier d'elle 1 .

Aussi, dès les 8 et 9 juin, des députations de divers bataillons viennent, à la barre de l'Assemblée, se plaindre de cette injuste attaque, protester de leur dévouement à la liberté et à la patrie, et demander le retrait du décret. Mais les montagnards 2 changent de batterie et

1. Le Moniteur ne donne le discours de Servan que très-abrégé et supprime les pbrases irritantes qui furent relevées dans les pétitions des gardes nationaux, présentées à l'Assemblée les jours suivants.

2. On croit généralement que les expressions de montagne et de

transportent le terrain de la discussion non plus sur le décret lui-même, mais sur une pétition qu'ils prétendent colportée dans tous les bataillons par les soins de l'étatmajorde la garde nationale, et revêtue de signatures dont la plupart sont extorquées par la ruse et la violence, souvent même à des femmes et à des enfants.

Pendant plusieurs séances, l'Assemblée n'est occupée qu'à entendre les récriminations que se lancent à la barre les partisans de la pétition et ceux qui viennent la dénoncer. Chaque jour la montagne gagne du terrain; elle parvient, au commencement de la séance du 10 juin, àfaire expulser comme calomniateurs des pétitionnaires qui avaient exprimé trop vivement toute l'indignation que leur inspiraient la manière dont le décret relatif au camp avait été enlevé à l'enthousiasme des représentants, et les insinuations peu bienveillantes dont la garde nationale de Paris avait été l'objet de la part du ministre de la guerre. En vain Dumolard s'écrie : « Depuis quand les ministres sont-ils devenus des arches d'alliance auxquelles on ne puisse toucher sans être frappé de mort? Cette pétition est dans les formes constitutionnelles ; vous avez accordé les honneurs de la séance aux soldats de Châteauvieux; ne me forcez pas k pousser trop loin le rapprochement. » Il n'est pas écouté, et l'Assemblée

montagnards datent de la Convention; c'est une erreur : elles étaient déjà employées à la fin de l'Assemblée législative. Nous les trouvons notamment dans une letlre du 25 juin 4792, adressée par le journaliste Frérpn à Merlin de Thionville ( voir la vie et la correspondance de ce représentant du peuple, publiées par M. Jean Reynaud, p. 6 do la correspondance particulière).

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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