‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 43 sur 191 · LIVRE H · texte numérisé non relu

LIVRE H

déclare, par un décret solennel, que la pétition qu'elle vient d'entendre ne peut être que !e résultat de manœuvres coupables et d'intrigues criminelles, à l'aide desquelles on est parvenu à égarer l'opinion de quelques citoyens. La gauche avait adroitement saisi l'occasion que lui offrait la pétition la plus virulente pour envelopper toutes les autres dans une même réprobation , et l'Assemblée avait condamné ainsi d'avance, en termes généraux, toutes les protestations qui se préparaient dans Paris contre le camp des vingt mille hommes.

La droite, tenant à témoigner tout son mécontentement , se retire et laisse le champ libre aux députations des sections ultra-révolutionnaires, qui viennent successivement remercier l'Assemblée d'avoir adopté la création de ce camp, objet d'effroi pour les uns, d'espérance pour les autres 1 . Mais voici qu'enfin l'on apporte la pétition même qui avait fait l'objet de tant de débats anticipés, et qui, en deux ou trois jours, avait été couverte de huit mille signatures 2 . Elle e^t modérée dans la forme , elle est individuelle, elle ne saurait donc être repoussée par une fin de non^ recevoir. La gauche, restée seule, l'écoute avec impatience, et, au moment où le président accorde,

4, De toutes ces pétitions, lapins fougueuse est celle de la section du Théâtre-Français. Parmi les six commissaires qui la signèrent on remarque Lebois, Momoro el Chaumette, qui préludaient ainsi au rôle qu ils jouèrent un peu plus tard et qui se termina, pour les deux derniers, par leur envoi à (a guiljotine.

2, Cette pétition est célèbre sous le nom de pétition des huit mille ; elle fut plus, tard un titre de proscription pour tous ceux qui l'avaient signée; on la trouvé deux fois au Mmviteur, avec un texte identique, aux pages 676 et 682 de l'année 1792; -

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comme d'usage, aux pétitionnaires les honneurs de la séance, elle se lève en masse et se retire laissant la salle déserte et les gardes nationaux ébahis.

L'anarchie était partout. Dans chaque section, les adversaires et les partisans du camp des vingt mille étaient à tout instant sur le point d'en venir aux mains. Des orateurs de carrefour venaient, jusque dans les Tuileries, lire des libelles ultra-révolutionnaires, prêcher l'assassinat du roi, et prédire son prochain renversement 1 .

Marat avait récemment été décrété d'accusation, niais plus il se cachait pour écrire, plus il remplissait son journal d'invectives et d'appels à la vengeance contre les députés, les ministres et les généraux, qu'il accusait de s'entendre avec la cour pour égorger les bataillons patriotes. Aux Jacobins, on parlait de l'insolence de VAu-

1. Dans la séance du 12 juin, un membre de la droite, DelfauK, dénonça un libelle qu'un orateur, monté sur uno chaise, déclamait tout haut à la foule rassemblée dans le jardin des Tuileries.' On lisait dans ce libelle le passage suivant, où Louis XVI était nominativement désigné : « Ce monstre emploie son pouvoir et ses trésors a s'opposer à la régénération des Français; nouveau Charles IX, il veut porter dans toute la France la désolation et la mort. Va, cruel, tes forfaits auront un terme! Damions fut moins coupable que toi : il fut puni des plus horribles tortures pour avoir voulu délivrer la France d'un monstre; et toi, dont l'attentat est vingt-cinq millions de fois plus grand, on to laisse l'impunité. Mais, tremblez, tyrans, il est parmi nous desScœvola! » (Moniteur, p. 085.)

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