LIVRE II
trichienne, du renouvellement des corps électoraux, du licenciement de l'état-major de la garde nationale, de l'établissement de l'impôt progressif, de la destitution des généraux suspects 1 , etc. Au fond des faubourgs, d'obscurs meneurs tramaient déjà quelque grand coup, et par de persévérantes intrigues préparaient la levée de la populace pour la première occasion favorable. Elle ne larda pas à se présenter.
Le roi ne voulait sanctionner ni le décret, récemment rendu , qui prononçait la peine de la déportation contre tout prêtre insermenté suspect au directoire de son département, ni celui qui venait d'être voté sur la proposition insolite du ministre de la guerre, pour la formation du camp des vingt mille hommes. A toutes les séances du conseil, des scènes violentes éclataient entre Dr/mouriez et les trois ministres soutenus par le parti jaccbin. Les deux autres, Lacoste et Duranthon, pétaient des personnages muets , qui se contentaient d'approuver par des signes de tête les virulentes sorties de Dumouriez contre ses collègues.
Les choses ne pouvaient durer ainsi; Roland prit l'initiative et écrivit à Louis XVI une lettre restée fa- ' meuse dans l'histoire comme l'ultimatum adressé par les Girondins à la royauté 2 .
Louis XVI ne put lire sans colère les conseils de soa ministre de l'intérieur. Il fit appeler Dumouriez; la reine
' 1. Journal du Club, W 207à 240.
/ 2. Il est dit dans plusieurs mémoires du temps, et notamment ceux de Dumouriez etd'Élienne Dumofit, que Ja lettre d'envoi com-
était présente, et ce fut elle qui entama la conversation : « Croyez-vous, Monsiéur, que le roi doive supporter plus longtemps les menaces et les insolences de Roland , les fourberies de Servan et de Clavières ?
— Non, Madame, répondit le général, j'en suis indigné; j'admire la patience du roi, et j'ose le supplier de changer entièrement son ministère.
mençait ainsi : « Sire, cette lettre Testera éternellement ensevelie entre vous et moi, n II n'en est rien, car en voici le leste même, copié surl'original , que nous avons eu le bonheur de retrouver- :
« Sire,
« Pénétré. comme je le suis du danger des circonstances, je crois devoir mettre sous les yeux de Votre Majesté l'opinion que j'avais rédigée hier pour lui être présentée ; je seps tout ce qu'il y a de pénible a exprimer certaines vérités, mais le salut même de Votre Majesté autant que celui de l'État exige d'un ministre honnête homme de chercher à vous être; utile, bien plus qu'à se rendre agréable. Puisse ce langage d'un cœur franc obtenir quelque attention (le ■Votre Majesté et la porter à prendre les résolutions que sa sagesse et sa générosité reconnaîtront nécessaires à son propre bonheur comme à celui de la France 1
« Si cette opinion n'eût pas été rédigée, j'aurais pu lui donner une .autre forme, d'aprùa ce qui s'est passé hier au conseil ; mais j'ai cru, en y réfléchissant, qu'il convenait de laisser voir à Votre Majesté tout Ce que m'avait fait juger l'examen des choses et la disposition des esprits.
« J'ai ouvert paon âme sans réserve et sj les maux que je pressens doivent affliger l'empire, je n'aurai poiui le remords d'avoir tu ce que je crois utile- de dire.
« Je suis avec un profont respect,
a Sire, « De Votre Majesté « Le trèsrhumble et très-obéissant serviteur, u Roland, ■»