LIVRE
avait naguère recherché si avidement les faveurs, il était loin d'être rassuré. Le roi tiendrait-il la promesse moyennant laquelle il avait accepté la succession de ses anciens amis et l'impopularité qui avait été la suite inévitable de sa conduite? Toute la question était là pour lui.
Aussi s'etnpressa-t-il de demander au roi de sanctionner les décrets. Le 15, dans la soirée, il envoya son confident Bonnecarrère aux Tuileries, avec une lettre dans laquelle il mandait à Sa Majesté que si elle ne sanctionnait pas les décrets sur les prêtres et le camp des vingt mille hommes, elle courrait risque d'être assassinée.
Le roi ne voulut pas recevoir Bonnecarrère, et répondit à Dumouriez qu'il l'attendrait le lendemain à dix heures; que toutes ses craintes étaient pour l'État; que, quant à lui, il était résigné h tout, et qu'il était inutile de chercher à l'effrayer.
Le ministre vint au rendez-vous et, ne réussissant ' pas à persuader le roi, il offrit sa démission; peutêtre un peu contre son attente le roi l'accepta sur-lechamp. Dumouriez se vit ainsi renvoyé trois jours après ses collègues, au moment où il croyait avoir consolidé pour longtemps sa position par la preuve éclatante de dévouement qu'il venait de donner à Louis XVI 4 .
4. Nous avons puisé ces détails dans une lettre confirlnntiellr; adressée à l'un des principaux personnages politiques de cette époque. Ils sont en grande partie conformes à ceux mêmes que Dumouriez don no dans ses Mémoires.
HISTOIRE DE LA TER It EUR.
Cependant l'Assemblée continuait à être dans une agitation perpétuelle, et chaque jour de nouveaux incidents venaient démontrer la gravité de la situation. Le 17, elle vote, sur la proposition de Goupilleau, la création d'une commission extraordinaire de douze membres, chargée de veiller aux dangers de la patrie 1 . Celte commission, modifiée à plusieurs reprises dans le cours des deux mois suivants, jouera le rôle pins tard dévolu au fameux comité de salut public de la Convention ; carceîfe-ci ne fit qu'imiter sa devancière dans, cette création redoutable. Le 48, deux lettres sont lues : la première, du ministre de la justice, qui annonce la nomination d'un nouveau cabinet, composé de noms à peu près inconnus; l'Assemblée, accoutumée à ces changements à vue, ne prête au nouveau qu'une attention tr^-médiocre. Il n'en est pas de même de l'autre lettre ; elle est signée La Fayette et datée du camp retranché devant Maiibeuge, Je 16 juin 1792, l'an îv de la Liberté. C'était le manifeste du parti constitutionnel, comme le message de lïoland avait été celui du parti jacobin. Des conseils excellents y étaient
t. Dons cette première commission extraordinaire., Ja droite élait représentée par Bigot de Préameneu, Lacépède, Pastorel, Muraire, Vaublanc, Lemontey, Tardiveau: la gauche, par Guadet, Jean Debry, Guyton-Morveau, Rhu!, Lacuée, et s'y trouvait ainsi en minorité comme elle S'était réellement, dans l'Assemblée- La composition de la commission est donnée par le Journal des Débats 'et Ûécrels, p. 2E>b du n° 267. .