‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 92 sur 191 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

mence à lire la longue et furibonde harangue qui avait été préparée dans l'officine du faubourg Saint-Antoine. Au milieu d'un océan de phrases ampoulées et de réminiscences classiques, où le nom de Calîlina reparaît it chaque instant, surnagent quelques phrases comme celles-ci :

et Pourquoi faut-il. que des hommes libres se voient réduits à la cruelle nécessité de tremper leurs mains dans le sang des conspirateurs? Il n'est plus temps de le dissimuler; la trame est découverte, l'heure est arrivée, lesang coulera et l'arbre de la liberté que nous venons de planter fleurira en paix; im roi doit-il avoir d'autre volonté que celle de la loi? Le peuple veut aussi, et sa tête vaut bien autant que celle des despotes couronnés. Celte tête est l'arbre généalogique de la nation, et devant le chêne robuste le faible roseau doit plier...

« Nous nous plaignons essentiellement de l'inaction de nos armées, nous demandons que vous en pénétriez la cause; si elle dérive du pouvoir exécutif, qu'il soit anéanti ! Le sang des patriotes ne doit point couler pour satisfaire l'orgueil et l'ambition du château perfide des Tuileries...

« Un seul homme ne doit point influencer la volonté de vingt-cinq millions d'hommes. Si, par égard, nous le maintenons dans son poste, c'est à condition qu'il le remplira constitution nellement ; s'il s'en écarte, il n'est plus. rien pour le peuple français.!.

« Nous vous avons ouvert nos cœurs ulcérés depuis longtemps-, nous espérons que le dernier cri que nous vous adressons se fera sentir aux vôtres. Le peuple est

là, il attend dans le silence une réponse digne de sa souveraineté.

« Cette pétition n'est pas seulement du faubourg Saint- Antoine, mais de toutes les sections de la capitale et des environs de Paris.

« Les pétitionnaires de cette adresse demandent à avoir l'honneur de défiler devant vous 1 . »

Cette pétition, véritable déclaration de guerre à la royauté, avait été fréquemment interrompue par les applaudissements du côté gauche et des tribunes 2 ; mais elle avait naturellement excité l'indignation de tous les hommes d'ordre qui n'avaient pu entendre sans frémir les sinistres prophéties des soi-disant délégués du faubourg Saint -An toi ne. Dubayet réclame la parole aussitôt après que l'orateur des pétitionnaires a prononcé sa dernière phrase, lancé sa dernière menace. « Mais, s'écriet-on,' le président va répondre; vous ne pouvez parler qu'après le président. — Je demande la parole avant, » réplique le hardi député 5 . L'Assemblée la lut refuse, et Français (de Nantes) répond à la députation ces quelques phrases vagues et banales que l'on applaudit de part et

1. Nous n'avons pas cru devoir donner in extenso cette pétition; clic se trouve au Moniteur de -1793, p. 723, et dans le Journal des Débats et Décrets, p. 269 du n" 267. Les deux textes sont identiques.

i. moniteur.

3 Journal des Débals et Décrets.

LfVRTï II.

d'autre, parce qu'elles n'ont pas de signification bien marquée :

« Citoyens, dit le président, l'Assemblée nationale et le peuple ne font qu'un ; nous voulons votre intérêt, votre bonheur, votre liberté, mais nous voulons aussi îa constitution 1 . S'il existe des conspirations, nous les déjouerons par la force de la loi. Nous vous invitons, au nom de la patrie, à l'obéissance de la loi, qui est le signe le plus respecté par tous les peuples dignes de la liberté ; nous vpus invitons... .

« Point d'invitation, » crient plusieurs députés 2 .

« L'Assemblée nationale verra toujours avec plaisir autour d'elle les citoyens de Paris, puisqu'elle est assurée de leurs sentiments patriotiques et qu'elle sait qu'il n'y a jamais que les dangers de la patrie qui puissent exciter' leurs inquiétudes. Elle prendra en considération la pétition que vous venez de lui faire, et elle vous invite à sa séance 3 . »

1. La première phrase du discours est la même dans le Moniteur el le Journal des Débats el Décrets.

2. Ici le compte rendu du Jour nid dus Débats et Décrets diffère essentiellement de celui du Moniteur. On sent que le discours du président, donné par ce dentier journal, a été arrangé après coup. Nulle mention n'est faite au Moniteur de l'interruption si importante que mentionne le Journal des Débats et Décrets.

3. Version du Journal des Débats et Décrets, Voici celle du Moniteur :

« Les représentants de vingt-quatre m illions d'hommes vous annoncent par mon organe qu'ils déjoueront les trames des conspirateurs, qu'ils les livreront au glaive des lois, parce queles lois seules ont le droit de venger le peuple, et que ce n'est que par elles et dans elles que vous trouverez, celte constitution et cette liberté que' vous cher-

Dubayet réclame de nouveau la parole contre la pétition, maïs elle lui est refusée. Mathieu Dumas parvient, malgré le tumulte, à faire entendre cette énergique protestation : « Pour l'acquit 'du serment du législateur et pour l'honneur de l'Assemblée nationale, je demande que la question préalable sur l'admission dés citoyens soit mise aux voix. »

Pendant que les pétitionnaires traversent la salle, au milieu des applaudissements des tribunes et de la gauche, le président met aux voix: la question préalable. Elle est repoussée par la majorité, et l'Assemblée décrète que les citoyens des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel seront admis à défiler devant elle : « Eh bien ! je demande alors la question préalable, s'écrie Girardm, sur toutes ■les lois du royaume!* »

Girardin avait bien raison. Jamais la violation des lois, le mépris et la haine de la royauté n'avaient encore été si ouvertement prêches. L'Assemblée, en admettant dans son sein ces insolents pétitionnaires et leur escorte, ne donnait-elle pas à ces violences de langage, qui devaient bientôt se traduire en des violences de fait, une espèce de consécration légale? Dès lors les meneurs démagogiques surent à quoi s'en tenir sur la force dé résistance que la

clicz. 'L'Assemblée nationale vous invite au respect pour les lois et pour les autorités constituées; elle vous y invite au nom rie la patrie et de la liberté, quo nous sommes résolus à détendre au péril do notre vie et en mourant, s'il le faut, au posle où le peuple nous a placés, et où nous ne respirons quo pour sa félicité ot pour le maintien des saintes lois que nous avons juré do faire observer et respecter. » 4 . Journal des Débals et Décrets, p. 272.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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