LIVRE II. m
majorité opposerait à l'accomplissement de leurs projets ; ils comprirent parfaitement, par ce premier succès, que la majorité était prête à reconnaître l'autorité du fait accompli, quel qu'il fût, pourvu qu'on ne lui demandât de so prononcer qu'après l'événement.
Mais pendant que le rappel est battu dans la cour du Manège et aux abords de l'Assemblée pour réunir l'armée de l'émeute dispersée dans le jardin des Tuileries, d'autres députations, qui attendaient l'honneur d'être admises, se présentent à la barre. Leur langage fait une singulière diversion aux menaces qui viennent d'être écoutées si patiemment. Elles n'injurient pas le pouvoir exécutif, elles n'importunent point l'Assemblée nationale de déclamations furibondes ; elles se contentent de jurer « l'amour de la patrie et des lois. » ■ — « Ce que nous n'oublierons jamais, disent les délégués des deux premiers bataillons de la Gironde, c'est que les lois doivent toujours être présentes a notre mémoire et chères à nos cœurs; c'est que la force armée est essentiellement obéis-r santé. Nous n'oublierons jamais que, dans un pays libre, tout citoyen , depuis le soldat jusqu'au général , doit marcher droit à l'ennemi sans retourner la tète en ar-s rière. »
« L'Assemblée a entendu avec plaisir l'expression de vos sentiments, lui répond le président. Elle y a surtout remarqué cette maxime : « La force armée est essentiel- « lement obéissante. » Elle vous témoigne la satisfaction qu'elle a éprouvée en entendant ces saintes paroles. «
Evidemment, cette réponse était à l'adresse des précédents pétitionnaires, mais quelle honte pour la représenT.
talion nationale d'en être réduite à envelopper la réprobation de la violence dans un timide éloge donné à la modération !
Silence ! le bruit des tambours et de la musique annonce l'arrivée de 'l'émeute triomphante! la voûà qui envahit le sanctuaire de la loi !
A la tête du cortège marchent triomphalement Santerre et Saint-Huruge. L'ex-marquis et le brasseur, une fois entrés, se placenl au pied de la tribune pour diriger le défilé.
Derrière eux. se presse une foule immense d'hommes, de femmes, et même d'enfants que leurs mères traînent par la main. Les uns sont sans armes, d'autres brandissent des sabres, des piques, des haches, des fauxj des besaiguës, des tranchels, des couteaux, des pointes de fer, jusqu'à des scies emmanchées au bout de longs bâtons. Quelques pelotons de garde nationale apparaissent de loin en loin, au milieu de cette multitude confuse, et ont l'air de sanctionner par leur présence cette étrange saturnale.
La foule accompagne de la voix les musiciens qui jouent l'air du Ça ira; on entend sans cesse retentir ces cris : Vivent les patriotes! A bas te veto! On voit défiler les emblèmes les plus étranges et parfois les plus menaçants. Deux hommes portent au bout de leur pique, l'un une vieille culotte, avec cette inscription *. « Vivent les sans-