‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 94 sur 191 · LIVRE H · texte numérisé non relu

LIVRE H

culottes! » c'était l'étendard de la misère parisienne; l'autre un cœur de veau, tout sanglant, avec cette devise: « Cœur d'aristocrate ! » c'était la déclaration brutalement claire des vœux d'un certain nombre d'émeutiers. Mais divers membres de l'Assemblée engagent, dit le Moniteur, le particulier qui porte ce dernier trophée à sortir de la salle. On avait, on le' voit, de singuliers ménagements pour un misérable qu'on aurait dû chasser avec ignominie.

Le défilé dure plus d'une heure. Des danses patriotiques viennent, par instants, varier le spectacle offert par la populace parisienne aux députés de la France; des orateurs improvisés veulent donner des échantillons de leur éloquence; maisSanterre, le chef de la manifestation, qui sait bien que la visite à l'Assemblée ne doit être que le prélude d'une autre visite , se hâte de mettre fîu à ces incidents, en prononçant, d'une voix retentissante: « En avant, marche !»

Le défilé terminé , le général des émeutiers remercie les représentants du peuple des marques d'amitié qu'ils ont données flux citoyens du faubourg Saint-Antoine, et les prie d'accepter un drapeau en témoignage 'de leur reconnaissance. Puis il court avec son inséparable acolyte, l'ex-marquis de Saint-Huruge, rejoindre ses hommes sur la place du Carrousel.

L'Assemblée, croyant tout fini, lève sa séance. Il était alors trois heures et demie.

Entré par la porte des Feuillants, le cortège sortait par la cour du Manège; de cette cour longue et étroite, il pouvait regagner la rue- Saint -Honoré, il pouvait aussi , nul obstacle ne lui étant opposé, franchir la porte qui, au bout de cette cour, communiquait avec le jardin des Tuileries, longer la façade du château, sortir par la grille du Pont- Royal et remonter les quais. Ce fut ce dernier itinéraire qu'il suivit.

Qui le lui avait indiqué? Probablement l'infaligab]e Mouchet, que nous retrouvons encore ici, revêtu de son écharpe, haranguant ses amis les faubouriens, donnant des ordres a' la garde nationale, dirigeant la marche de la manifestation, et se multipliant pour se donner une risible importance 1 .

Des bataillons de gardes nationaux étaient rangés le long de la façade des Tuileries, et formaient un front

1. L'officier municipal Mouchet est un type qui mérite do nous arrêter un instant. Au dire de tous les rapports et de toutes les déclarations , il joua dans toute la journée du 20 juin le rôle le plus actif; il y fut la véritable mouche du coche. Après le 10 août , où nous le verrons jouer, à l'Hôtel de Ville, un certain rôle, il disparait complètement. C'était un petit homme boiteux (bancroche, disent plusieurs déclarations), jeune encore (31 ans), qui était architecte-entrepreneur et capitaine des grenadiers du bataillon de l'Oratoire. (Voir YAlmanach royal do '

« Mouchet, dit Rœderer, représentait exactement l'esprit et le caractère de la grande masse des bourgeois de Paris, qui redoutaient les

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