LIVRE XVI
les crimes tes plus exécrables. Tel était, sons beaucoup de rapports le nouveau ministre de la justice.
Pachë peut être considéré comme le type de la ruse et de l'hypocrisie. Fils de l'ancien suisse de l'hôtel de Castries, élevé par la charité du maréchal de ce nom, devenu plus tard le précepteur des enfants de ce grand seigneur, il fut admis dans les bureaux de la marine lorsque son protecteur devint ministre. Après la chute du maréchal de Castries, n'espérant plus jouir de la confiance intime de ses successeurs, il se retira en Suisse. Il y vivait depuis quelques années, lorsque la Révolution vint lui ouvrir de nouvelles perspectives. Exact, travailleur, affectant un extérieur modeste et réservé, ayant pris dans les bureaux dol'ancien régime l'habiludede s'effacer devant qui parlait plus haut que lui, il avait été bien reçu partout où il s'était montré. Il connaissait Roland depuis plusieurs années et s'était attaché à' sa fortune, lors de son premier ministère. Il était devenu le factotum de sa maison. On l'y traitait comme un homme sans conséquence. Ce rôle de subalterne indispensable, auquel on accorde à peine pour son labeur un geste imperceptible de remerciement, qui ne se plaint d'aucune rebuffade, fait bon visage devant le maintien rogue et hautain du maître de la maison, qui endure tous les dédains et tous les déboires avec une patience apparente, niais qui, dès qu'il croit le moment venu de se venger, laisse déborder l'amertume amassée dans son cœur et s'acharne à la perte de celui qu'il encensait tout haut et maudissait tout bas, ce rôle, disons-nous, fut admirablement joué par Pache.
Aussitôt après la révolution du 10 août, Roland lui
confie la conservation du garde-meuble de la couronne, puis le donne à Serran pour l'aider dans les détails de son administration, enfin le présente à ses amis comme un homme qui n'aura d'autre opinion que la sienne, qui sera son aller ego dans le conseil, qui n'écrira, ne parlera, n'agira que sous son inspiration. Mais, à peine Pache est-il ministre, qu'il se pose dans le cabinet en antagoniste et en contradicteur habituel de Roland. Il se livre et il livre ses bureaux aux plus fougueux montagnards, il devient entre leurs mains le terrible levier au moyen duquel ils vont briser l'idole des Girondins1.