LA GIRONDE ET LA MONTAGNE
Nous avons laissé la Commune de Paris aux prises avec la Gironde sur l'interminable question de ses comptes, toujours promis, jamais rendus, et sur une autre question non moins brûlante, celle de l'organisation d'une garde départementale destinée à protéger la représentation nationale contre les attentats de la démagogie parisienne. Dans le courant du mois d'octobre, le camp sous Paris, le remboursement des bons émis par les caisses patriotiques, enfin les subsistances apportèrent un nouvel aliment aux débals irritants qui avaient signalé les débuts de la Convention. Le feu des passions, l'ardeur des naines n'étaient-ils pas d'ailleurs entretenus par mille faits secondaires qui venaient sans cesse échauffer les esprits et éclairer l'avenir d'une clarté sinistre? Raconter jour par jour, heure par heure, tous les incidents qui se produisaient au sein de l'Assemblée, de la Commune, dans les quarante-huit sections, dans les clubs et jusque sur là
place publique, faire l'historique complet et détaille de ces semaines d'inquiétude fiévreuse et d'agitation continuelle serait chose impossible; un volume entier n'y suffirait pas. Contentons-nous d'indiquer les faits culminants et de donuer ainsi la mesure des obstacles dont était hérissée la route qui s'ouvrait devant les nouveaux souverains de la France.
Dès le lendemain de !a révolution du 10 août, la formation d'un camp sous Paris avait été décrétée avëc d'autant plus d'enthousiasme que Louis XVI y avait opposé son veto, La Législative, en mettant à exécution tous les décrets auxquels la royauté abattue avait cru devoir refuser sa sanction, avait hâte de prouver qu'elle seule désormais était souveraine. C'était Servan qui, deux mois auparavant, avait provoqué la création du camp1. Ramené au ministère, grâce au triomphe de ses amis, il n'eut rien de plus pressé que de réaliser le projet dont la présentation à l'Assemblée nationale, sans l'aveu du monarque, avait été l'une des causes principales du renvoi du premier cabinet girondin.
Mais, si la souveraineté était en apparence dans les mains de l'Assemblée, en Tait elle résidait à l'hôtel de ville; la Commune insurrectionnelle s'en était emparée et en usait à son gré. Elle exigea qu'on lui abandonnât tout lo détail des travaux, de la garde, de la police et de l'approvisionnement du camp. Son immixtion illégale dans une affaire qui devait exclusivement regarder le ministre de la guerre et dont les dépenses devaient