‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 99 sur 236 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

le 21 septembre, mais qui depuis celle époque avait continué de siéger dans le cabinet1. Ces choix, qui semblaient ne devoir être que ceux de deux commis aux ordres de la Gironde, eurent une action décisive

4. Garât accepta sa nomination par la lettre suivante, que le Moniteur, n° 287, ne fuit que mentionner et dont nous avons retrouvé le texte même :

« Citoyen Président, « J'accepte les fonction-; de ministre de la justice. Il est un titre au moins que je puis me reconnaître à cette élection ; c'est l'amour que, même dans les temps du despotisme, j'ai toujours porté dans mon cœur à l'espèce de gouvernement qui exige le plus de vertus, à la République ; c'est ce sentiment que, pendant plusieurs années, j'ai professé tous les jours dans les lieux ouverts aux délateurs comme a la jeunesse généreuse que je voyais s'enflammer à mes leçons du désir et de l'espérance d'imiter un jour les Bru tus, les Gracques et les Paul Émile.

<t Je n'oublierai point que, dans une grande république comme la France, dans un empire de vingt-cinq millions d'hommes tous, parfaitement libres, tous parfaitement égaux, la force de la justice est la seule qui doive être toute-puissante et inexorable, parce qu'elle est la seule qui conserve tous les droits et qui n'en blesse aucun. Exécuteur des saintes lois de la Convention nationale, tant que je serai dans ce. poste, s'il devient inévitable que le sang de l'innocent soit versé, je lâcherai du moins que ce sang ne soit que le mien. Mon bonheur sera d'assister de plus près à la nouvelle organisation des tribunaux, à la création de la nouvelle justice que la France et l'Europe attendent de la Convention nationale.

« Signé : Dominique-Joseph Garât, a

Cetle magnifique profession de Toi républicaine n'empêcha pas Garât d'accepter, quelques années plus tard, le litre de comte de l'empire et de devenir sénateur. Ce fut Garât qui eut la triste mission, en sa qualité de ministre de la justice, de venir en personne signifier à Louis XVI la sentence de mort.

sur les événements qui se dérouleront bientôt sous nos yeux et aboutiront à la chute de ce parti. Clavière, Lebrun et Roland, intimement unis, votatentdans le Conseil, agissaient dans leurs ministères sous une seule et même inspiration. Mooge, jusqu'alors fort effacé, avait cependant des velléités d'émancipation qui n'avaient pas grande portée tant qu'il était seul. Mais Garât et Paclie vinrent apporter dans le cabinet des éléments nouveaux qui devaient le dissoudre dans un temps donné. Ces éléments, c'étaient la faiblesse et la ruse.

La faiblesse y était représentée par Garât, un de ces lettrés sans consistance morale, qui, grâce à une certaine facilité de plume ou de parole, arrivent parfois, aux époques de révolution à jouer momentanément un rôle bien au-dessus de leur importance réelle. Qu'ils soient poêles, publicistes ou orateurs, peu importe. Ils adorent eo vers ou en prose la déesse du jour; ils se prosternent devant le soleil levant. Ils ne sont jamais embarrassés de trouver dans leur bagage classique de quoi composer un dithyrambe ou une harangue pour célébrer le triomphe du plus fort et la proscription de leurs meilleurs amis. L'encens qu'ils ne peuvent plus offrir aux favoris et aux favorites de la monarchie absolue, ils le brûlent aux pieds de l'idole du peuple-roi, et, du même ton dont ils vantaient naguère les appas de Philis et de Chloris., ils célèbrent les charmes de la guillotine. Dépourvus de toute conviction forte, dociles a tous les entraînemânts, complaisants pour toutes les puissances qu'ils exaltent tour a tour avec une naïve impudeur, ils sont prêts à couvrir des oripeaux de leur éloquence banale les monstruosités les plus grandes,

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