LIVRE XVft
être soldées sur les fonds de l'État, donna naissance à d'incroyables désordres.
La garde du camp devait se composer de deux compagnies fournies à tour de rôle par les quarante-huit sections et relevées tous les quatre jours1 , de gardes nationaux envoyés par les districts voisins de Paris, de six bataillons de fédérés à choisir parmi ceux que les départements dirigeaient vers les frontières du nord et de l'est, enfin de deux divisions de gendarmerie parisienne à pied et à cheval 2.
1. En vertu du décret du 19 août 1792, les sections armees avaient remplit- les anciens. bataillons de la garde nationale. Sous ce nouveau régime, les citoyens de chaque quartier se trouvaient former un corps armé à la disposition du comité de la section. Chaque section armée se subdivisait en autant de compagnies qu'elle comptait de fois 126 citoyens en état de porter les armes.
Il y avait ainsi sur le papier 90,000 gardes nationaux, mois en fait il n'y en avait pas la vingtième partie. Tous le3 jeunes gens, tous les ouvriers laborieux et honnêtes, avaient quitté Paris pour courir à la frontière, les personnes paisibles s'abstenaient autant que possible de tout service. La nouvelle garde civique se composait presque exclusivement de gens à pique et à bonnet rouge, qui, loin de se préoccuper du maintien de la tranquillité publique, étaient toujours disposés à concourir à tous les désordres. Pendant les journées de septembre, elle était restée immobile. Quelques-uns des assassins avaient même été vus en uniformes de gardes nationaux. Bientôt, pour suppléer à l'absence de toute force publique régulière, il fallut organiser dans chaque section une réserve soldée et composée d'une centaine d'hommes. Ce fut une dépense considérable qui retomba encore ù la charge de l'État.
2. Au mois de juillet 1792, s' occupant d'organiser la défense du territoire national et de désorganiser la défense de la royauté, la Législative avait créé un nouveau corps dé gendarmerie spéciale pour Paris. En vertu du décret du 4 G de ce mois, la gendarmerie parisienne
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
La Commune obtint que le pouvoir exécutif fût obligé de la consulter, ainsi que les sections, sur le choix du commandant général et des officiers de toutes armes qui devaient servir sous ses ordres. Le Conseil général et ses quarante-huit comités affidés eurent bien vite la haute main sur le personnel du camp, comme ils l'avaient déjà sur le matériel et les travaux. Toutes les fois qu'un officier voulait s'opposer aux malversations, prêcher l'ordre et la discipline, on l'accusait d'aristocratie, on le dénonçait comme suspect d'incivisme; son remplacement ne se faisait pas attendre.
Pendant quelque temps, le camp fut à la mode* On allaiten fouleà Montmartre, à Saint-Denis, à Nogenl-sur- Marne, remuer patriotique ment de la terre et élever des talus. Ce travail se faisait gratis, comme aux beaux temps de la fédération de 1790. Les citoyens et les citoyennes
devait être formée a des hommes du 14 juillet qui avaient concouru avec la garde nationale à )a conquête de la liberté. » Naturellement elle fut composée d'anciens soldats du régiment des gardes françaises, do gardes des ports et eaux de la ville et d'autres débris de corps spéciaux qui avaient pris part à toutes les émentes. Au 40 août, les nouveaux gendarmes ne se trouvèrent naturellement pas parmi les défenseurs de la royauté; nous en avons vu un détachement massacrer, sur la place Louis XV, les derniers survivants du régiment des gardes suisses (page 32'J du tome II). Quelques officiers fidèles à leur serment élaient restés dans les rangs de la gendarmerie. Mais, dès le lendemain du triomphe de la démagogie, la troupe désordonnée qui portait alors ce nom vint demander à la Législative l'autorisation de se débarrasser de son état-major « composé d'aristocrates » et d'élire elle-même ses oflîcicrs. Cette autorisation lui fut accordée et l'on croira facilement que ce ne furent pas les meilleurs sujets que I élection mit à la tôle d'un corps si étrangement épure.
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