‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 105 sur 236 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

« Le décret que vous avez rendu ne s'accorde pas avec la véritable égalité, puisqu'il ôte cinq sols sur la journée du fort et quinze sols sur la journée du faible. Le salaire ne doit pas être réglé sur la proportion du plus ou moins de forces de chacun, car tous ont les mêmes besoins. Si la Convention eût consulté sa justice et son humanité, elle aurait dû plutôt augmenter les journées. Dans cette saison pluvieuse, le travail à la tâche est impossible. La disproportion du salaire entre les différents individus de la République, lorsqu'elle est trop grande, conduit à l'ambition, qui bientôt conduit aussi à l'aristocratie que vous abhorrez tons. Plusieurs des députés de l'Assemblée constituante et de l'Assemblée législative ne sont devenus aristocrates que parce que la nation a donné naissance à leur ambition en les payant trop généreusement, c'est-à-dire en leur payant un salaire trop fort. Le salaire de tous les individus au service de la natioD devrait être gradué dans unejuste proportion. Vous devez faire faire un pas rétrograde à votre décret. Les ouvriers sout presque tous pères de famille; ce sont Jes soutiens de la nation; car ce sont eux qui se sont levés au 10 août1. »

À peine la lecture de cette insolente pétition est-elle terminée, que Kersaint s'élance à la tribune. « La manière dont cette adresse est rédigée, dit-il, n'a point échappé à votre pénétration. Son érudition, quelque soin qu'on ait mis à la cacher sous des phrases triviales, a

i. Journal des Débats et Décrets, compte rendu de la séance du 2 octobre, n' 13 p. %%\. — Moniteur, n° ïTi

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trahi ses auteurs. Le piège est trop grossier. Seulement songez à l'arme terrible que les ambitieux peuvent trouver dans une masse d'hommes que leur indigence livre aux suggestions de Terreur ou de la malveillance. Je demande que vous passiez à l'ordre du jour sur cette pétition et que vous chargiez votre commission des Six de faire une proclamation paternelle pour éclairer le peuple sur les manœuvres par lesquelles on cherche à l'égarer. »

Celte double proposition est décrétée, mais, trois jours après, Letourneur est obligé d'annoncer à la Convention qu'une grande effervescence règne parmi les ouvriers du camp. « La commission militaire, expose-t-il », a pris un arrêté pour faire suspendre les travaux pendant deux jours, afin de changer le régime et de toiser l'ouvrage déjà fait. Cet arrêté a eu une espèce d'exécution, mais des malveillants, etsurtoutdes chefs d'ateliers institués parles sections elles-mêmes, ont saisi ce prétexte pour soulever les ouvriers, les ont engagés à continuer comme par le passé, leur ont promis de les payer de même. Les plus animés parmi les malveillants ont formé des rassemblements hostiles, ont déclaré qu'ils extermineraient les premiers qui travailleraient à la tâche, qu'ils étaient les maîtres, que l'argent qu'on leur donnait était l'argent de la nation el leur appartenait; ils menacent de se rassembler au nombre de 15,000 pour exiger le salaire à la journée. »

Les girondins, qui voient celle armée d'oisifs etd'énieu-

<t . Le rapport de Letourneur est au Moniteur, n° 281 ; au Jour/ml des DdOais et Décrets, a? 10, p. 27G.

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