‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 106 sur 236 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

tiers toute prête à seconder les vues ambitieuses de la Commune, s'empressent de démontrer la complète inutilité du camp sous Paris depuis que l'armée austro-prussienne est en pleine retraite. Ils demandent que les ateliers soient dissous, les bataillons qui campent sur le terrain réorganisés et envoyés aux frontières, les ouvriers parisiens et autres rendus à leurs travaux habituels. Lanjuinais, Goupilleau, Camus, Buzot, Cambon, prennent successivement la parole dans ce sens. Tallien reconnaît lui-même que le camp devient de moins en moins nécessaire à la défense de la République. « Mais s'il ne sert pas à cet objet, ajoute-t-il, il servira de camp d'instruction. » La Convention juge que dépenser un million par mois, c'est payer un peu cher l'instruction de volontaires qui aiment mieux rester à Paris que de marcher aux frontières. Sur la proposition de Kersaint, elle renvoie au comité de la guerre, réuni à la commission des Six, l'examen des nouvelles propositions qui viennent de lui être faites.

Pendant ce temps, l'agitation croissait parmi les habitués du camp. Le lundi 8 octobre, au moment de la reprise des travaux, une foule d'hommes apostés envahissent l'atelier dirigé par les commissaires delà section delà Fontaine de Grenelle, et menacent les ouvriers de leur faire un mauvais parti, « parce qu'ils gâtent le métier. » Ces commissaires étaient spécialement désignés à la vengeance des émeutiers, parce que, depuis quinze jours, ils avaient su maintenir l'ordre et la discipline dans la portion des travaux qui leur était confiée. Dès qu'ils paraissent, ils sont environnés,

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HISTOIRE D!ï LA TERREUR.

saisis, entraînés. Pour leur sauver la vie, les commandants de la force armée doivent promettre de les conduire immédiatement à l'Hôtel de Ville. Les plus acharnés les y accompagnent, en poussant des cris féroces, depuis Montmartre jusques à la place de Grève1.

Peu de jours après, les deux comités se décident à faire connaître à la Convention le véritable état des choses. Rouyer vient en leur nom lire un long rapport dans lequel il reprend la question du camp sous Paris dès son origine 2. Les travaux ont été conduits par un sieur Belair, que la Commune a revêtu du litre de directeur général; cet individu n'en a soumis ni l'ônsemble ni les détails au ministre de la guerre, il a reçu sans distinction tous les ouvriers qui se sont présentés; ce u'est qu'à travers des difficultés sans cesse renaissantes que l'on est parvenu à contenir cette multitude. Mais le désordre est arrivé à son comble lorsqu'un autre individu, nommé Williams de Varennes, s'établissant de sa propre autorité inspecteur général des travaux, y a introduit 1,200 ouvriers et a formé une administration nouvelle dans le sein d'une administration déjà si peu réglée. Aussi le camp n'a-l-il pas tardé à

1. Le récit de cette émeute se trouve au Moniteur, n" 286. Ce journal qui, comme on a pu le remarquer maintes fois, est très-partial en faveur de la Commune et dn fo; ;id héron ts, déclare que l'émeute du 8 octobre a été suscitée par des individus qui gagnent au camp 20 sols de moins par jour que dans les ateliers de leur profession, où l'ouvrage abonde. Le rédacteur ajoute celte réflexion importante : « Ils ont donc un salaire secret qui les dédommage? »

5. Le rapport de Rouyer se trouve tout entier au Moniteur, n° 590.

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