LIVRE XV1J
devenir un foyer d'intrigues et de cabales, le rendez-vous de perfides agitateurs, d'hommes vicieux, endurcis dans le crime, d'ennemis de la patrie semant la méfiance, répandant fa calomnie, prêchant la licence, la révolte et la sédition. En vain le corps législatif a-t-ii délégué trois de ses membres pour rétablir l'ordre; en vain a-t-il, sur leur rapport, réglé de la manière la plus sage le mode et le salaire du travail. Les désordres ont redoublé d'intensité. Cependant, après une inspection faite par le général Berruyer, chargé de la défense de Paris, on s'est aperçu que la plupart des travaux entamés étaient inutiles, qu'ils avaient occasionné un surcroît de dépense de 220,000 fr., et que, pour mettre Paris à l'abri d'une surprise, il fallait les refaire d'après un plan nouveau, sur une étendue de J 6,000 toises. L'exécution de ce plan a été commencée. Mais il s'agissait de liquider le passé. On n'avait pu tenir aucun registre des travailleurs varennes. On savait que peu d'entre eux avaient travaillé, on savait aussi que beaucoup, et beaucoup trop, s'étaient rendus sur les travaux. Presque tous étaient inconnus. Lors des payements, il se présentait une foule de demandeurs que l'on ne pouvait admettre ni rejeter en connaissance de cause. .« Il a donc fallu, dit Rouyer en terminant cet exposé des faits, îl a donc fallu se contenter des certificats délivrés par le citoyen Williams de Varennes, quoiqu'il n'eût tenu aucun registre et qu'il n'eût reçu à cet effet aucune mission. La dépense en pure perle résultant de ce seul chef monte à 250,000 livres; de sorte que sur une dépense totale de 860,000 livres faite à ce jour, 330,000 livres seulement ont été employées
d'une manière utile. On évalue à 8,800,000 livres la somme nécessaire pour l'achèvement des travaux1. »
Mais le camp doit-il être achevé? Ouï, répond le rapporteur, « car, de l'avis de tous les généraux et citoyens expérimentés, il offrira la défense la plus imposante. Oui, car il servira d'école militaire; nos enfants transmettront à nos neveux l'époque de sa formation; ceux-ci se souviendront avec enthousiasme qu'il fut fait par leurs pères dans les premiers jours de la République. Paris, en conservant les arts et les talents qui en font un séjouragréable, présentera un front guerrier si convenable à la ûerlé républicaine. »
En conséquence, le comité propose de décréter :
1° Que les travaux du camp seront continués dans toute leur étendue;
2n Que le nombre des ouvrière ù y employer ne sera pas Qxé, mais que les ouvriers ne pourront y travailler qu'à la lâche ;
3* Que ceux, qui ne voudront pas travailler ainsi, ne seront pas payés, étant réputés travailleurs bénévoles;
k" Qu'il n'entrera dans le camp qu'un nombre de gardes nationaux parisiens égal au nombre des gardes nationaux des départements;
5° Que la commission nommée par la Convention continuera d'être chargée de la direction des travaux à la place de la Commune et de ses agents.
1. Le Moniteur dit 2,300,000 livres; mais ce chiffre est évidemment une erreur d'impression; le chiffre véritable 8,800,000 livres est donné par le Journal des Dèbals et Décrets, n° 26, p, 478.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France