A VIS E XVII
L'Assemblée goûte peu le projet des comités, elle persiste à croire à l'inutilité de la dépense et au danger que présente une si grande agglomération d'individus indisciplinés pour le travail, enrégimenlés pour le désordre. En vain Letourneur, qui s'était beaucoup mêlé des travaux du camp en sa qualité d'olïiciei' du génie, veut-il défen'clre une oauvre qui est devenue à moitié la sienne à raison du concours qu'il lui a prêté. Il est obligé de reconnaître que l'Assemblée législative, en décrétant la formation du camp retranché sous Paris, avait adopté une mesure dont l'exécution paraissait physiquement impossible à tous les gens de l'art. « Au milieu des circonstances orageuses qui nous environnent, ajoute-t-il, le temps et les moyens manquaient évidemment pourmettre Paris en état de défense contre l'atiaque présumée des envahisseurs. Mais ces travaux devaient produire un efl'et moral bien précieux en rassurant les esprits faibles, en calmant les inquiétudes. Aujourd'hui nos armes sont couronnées des plus heureux succès; gardons-nous de passer d'un extrême à l'autre; il faut tout prévoir, même les disgrâces. Qui peut répondre qu'une coalition formidable des puissances ennemies de notre liberté ne nous exposera pas au printemps prochain à de nouvelles attaques, d'autant plus dangereuses, qu'elles auront été plus longuement méditées? Paris a été et est encore le foyer de la Révolution; il est et sera toujours l'objet de la cupidité et de la vengeance de nos ennemis, tant qu'il restera un tyran en Europe. Atlendra-t-on, pour mettre Paris en défense, pour reprendre les travaux que l'on propose de suspendre, que des circonslances difficiles
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
nous mettent clans l'impossibilité de les terminer à temps, au risque de s'exposer encore à des désordres inextricables, lorsque les moyens se trouvent en disproportion avec les besoins de la plus prompte exécution? Il est une considération très-frappante. Le travail à la lâche est un véritable bienfait pour la ville de Paris. L'ordre est rétabli. Tout annonce qu'il ne sera plus troublé. Vous n'aurez plus à craindre ces grands rassemblements d'hommes oisifs qui ne se présentent au travail que pour jouir d'un salaire assuré, mais non mérité. »
À quoi Kersaint réplique: « Et moi je fais la motion de supprimer totalement les travaux du camp sous Paris En cas de défaite de nos armées, se retrancher dans Paris serait un projet imprudent, désespéré, désastreux. » Et il cite à l'appui de son opinion l'avis de Dumouriez, l'exemple de l'Amérique insurgée, qui n'a jamais commis la faute de se renfermer dans les murs de ses principales villes. « La France n'est plus dans Paris, s'écrie-t-il... Vos camps sont les quatre-vingt-trois départements. Quoi I Lorsque vous faites frémir l'Europe, vous pourriez encore faire sous Paris un camp retranché? Je demande la question préalable sur le projet de décret. »
Kersaint n'avait pas en vain invoqué le nom de Dumouriez. Ce général était à Paris depuis quelques jours. Il venait de vaincre à Valmy et s'apprêtait à envahir la Belgique. Il désirait très-vivement hériter de tout le matériel entassé dans l'enceinte à peine formée autour de la butte Montmartre, surtout des tentes et des autres effets de campement. Pour arriver à ce résultat qui devait