LIVRE XVII
assurer le succès de sa campagne d'hiver, il nattait à tour de rôle montagnards et girondins; il s'était mis au mieux avec Santerre, qui se croyait déjà un général sérieux, parce que le vainqueur de l'Argonne daignait se promener bras dessus bras dessous avec lui et se servait de lui comme d'introducteur dans les clubs, dans les sections et dans les conciliabules de la démagogie. D'un autre côté, il multipliait les notes qu'il remettait sous main aux députés influents du parti de la Gironde, aux commissaires du camp, aux principaux membres du comité de la guerre.
Ces notes secrètes, ces conversations intimes, ces demi-confidences habilement ménagées, avaient porté leur fruit. La question préalable proposée par Kersainl n'est point combattue et le projet du comité est écarté. Trois jours plus tard. Albitte vient proposerai! nom du comité militaire lui-même la cessation des travaux du camp.
Après quelques observations de, Lanjuinais, d'Osseîin et de Leeomte-Puyraveau, la Convention décide que « le licenciement des ateliers aura lieu le samedi suivant, 20 octobre, jour de paye; qu'une gratilicalion de trois journées de travail sera accordée à chaque ouvrier, mais qu'elle ne pourra leur être payée qu'une fois qu'ils seront rentrés dans leurs communes respectives; qu'il y a lieu de passer à l'ordre du jour sur le surplus des réclamations adressées à l'Assemblée au nom des ouvriers du camp. »
Il ne suffisait pas d'avoir voté la dissolution, il fallait la réaliser. Pendant plusieurs jours, on menace la Con-
vention de mutineries et de séditions1. Le 23 octobre, on lui annonce que 6,000 ouvriers sont rassemblés sur la place Vendôme et menacent de s'insurger s'ils ne sont pas immédiatement admis à présenter leurs plaintes. Mais on va aux informations et l'on apprend que les 4,000 insurgés se réduisent à 300 individus qui n'ont pu recruter un plus grand nombre d'adhérents et qui ne lardent pas à se disperser d'eux-mêmes. Le dimanche suivant, jour de réception des pétitionnaires, une nouvelle députation se présente à la barre de l'Assemblée : « De l'ouvrage ou du pain/ dit son orateur, voilà ce que vous avez promis aux ouvriers du camp sous Paris. Quarante-deux sections ont adhéré à notre pétition; elles attendent la réalisation de votre
1- L' Assemblée reçut, les 'ïï et octobre, les deux lettres suivantes :
« COMITÉ DE l'OLICE DU CAMP SOUS PABIS.
a II est midi ; il y a prés de 3,003 ouvriers qui demandent hautement leur paie et aucun conducteur no s'est encore présenté pour les Satisfaire, lté présentants, le comité ne cherchera pas en ce moment la cause de ce retard; mais il peut avoir des effets funestes au repos public et son devoir est de vous le dénoncer. Peut-être cela tient-il à des projets que nous n'osons assurer.
a Tebrasson, Descombet. »
« Citoyen président, n Je vous préviens que les ouvriers du camp sous Paris, réunis en grand nombre, sont à la place Vendôme; ils demandent à être entendus par l'organe de 20 d'entre eux. Il est instant do les admettre si l'on veut éviter une insurrection.
o Mebcier, officier municipal de Parts, président de la commission du camp. »