‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 111 sur 236 · LIVRE XVll · texte numérisé non relu

LIVRE XVll

numéraire, on s'était bientôt vu contraint de se servir des assignats comme de monnaie courante. C'est le propre de toute valeur fiduciaire, s'il s'élève quelque doute sur les garanties qu'elle présente, de chercher à se substituer aux espèces métalliques dans tous les payements journaliers; car ceux: qui la reçoivent sont fort empressés de la passer aux mains de leurs voisins. La moindre transaction est l'objet d'une discussion entre acheteur et vendeur, entre patron et ouvrier, l'un proposant de se libérer au moyen d'une monnaie que Vautré refuse de recevoir. Au milieu de ces conflits sans cesse renaissants, les affaires se resserrent, le travail s'arrête. La tendance de l'un des deux signes d'échange étant de disparaître et l'autre de se produire, le marché est bien vite envahi par la valeur fiduciaire, lorsqu'elle est nouvelle et ne s'éloigne pas d'une manière trop sensible de son taux d'émission. Mais, pour qu'elle puisse circuler facilement et se plier à tous les besoins des transactions usuelles, il faut qu'elle soit divisée en coupures de l'importance des pièces d'or, d'argent et même de billon, auxquelles elle tend à se substituer.

Les coupures de vingt-cinq francs et au-dessus, adoptées pour les premiers assignats, ne se prêtaient pas à une facile diffusion. Afin de satisfaire aux besoins du commerce de détail, des gens honnêtes, mais peu clairvoyants, avaient inventé un expédient qui, au premier abord , paraissait assez- bien conçu.

Dès 1791, il s'établit dans plusieurs grandes villes, surtout à Paris, des caisses patriotiques. Ces caisses émettaient des bons au porteur d'une valeur très-minime,

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

puisqu'il y en avait de vingt, de dix, et même de cinq sous. La valeur des bons émis ne devait pas cesser d'être représentée dans la caisse de la société par une valeur égale en assignats, de manière que les bons pussent toujours être remboursés aux porteurs en une monnaie ayant cours légal et garantie par l'État. La nouvelle institution de crédit avait pris naissance au sein de certaines sections parisiennes. Des souscriptions particulières recueillies dans le quartier, sans intérêt de lucre, avaient fourni le capital de ces premières caisses (généralement ou 50 mille livres). Leur administration était gratuite. Leurs opérations étaient conduites avec sagesse et probité par des hommes bienfaisants et entourés de la considération publique.

La réussite toute locale de ces caisses et la confiance accordée aux billets par elles émis n'avaient pas tardé à éveiller l'attention de ces spéculateurs qui savent tourner au profit de leur friponnerie les idées les plus honnêtes. Des individus, qui se proclamaient dans des prospectus magnifiques les bienfaiteurs de la classe ouvrière, ouvrirent bientôt, eux aussi, des caisses dites de secours et de confiance, dont les opérations devaient être basées, prétendaient-ils, sur le même principe. Ils s'attirèrent par les plus séduisantes promesses la clientèle du petit commerce de Paris, accaparèrent tout le capital dont il pouvait disposer, en échangeant les assignats à coupure embarrassante contre des billets au porteur qu'ils fabriquaient eux-mêmes sans contrôle et sans surveillance, et qui, par leur forme et leur libellé, présentaient. une analogie complète avec ceux émis par les caisses des sec-

Page 1